•69•

•69•
Rachel Morgan - Tome 2
Le Bon, la Brute et le Mort-Vivant, Kim Harrison ■


♥♥♥♥


«Morts ou vivants, les vampires étaient guidés par un instinct déclenché par les phéromones et les odeurs. Ils étaient encore plus soumis à leurs hormones que tout adolescent. Ils dispensaient une odeur indécelable qui s'attachait à leurs conquêtes. Un panneau de signalisation odorant qui indiquait aux autres vamps que c'était un territoire occupé et bas les pattes. Un truc un peu plus au point que le système des chiens. Mais parce que nous vivions ensemble, l'odeur d'Ivy me collait à la peau. Elle m'avait dit une fois que cela allongeait la durée de vie des ombres en empêchant tout braconnage. Je n'étais pas son ombre, mais je portais quand même cette étiquette. Tout ça pour dire que le mélange de nos odeurs naturelles faisait à Ivy l'effet d'un aphrodisiaque sanguin qui lui compliquait la tâche quant à son instinct, et le fait qu'elle soit pratiquante ou non n'y changeait rien.»


«- Alors, dit Ivy en se penchant par-dessus la table pour attraper le ketchup. Tu joues le baby-sitter de Rachel aujourd'hui ? N'essaie pas de l'emmener en bus. Ils ne s'arrêtent pas pour elle.
Il releva la tête et sursauta en voyant Ivy couvrir son burger de sauce rouge.
- Euh... (Il cilla, ayant visiblement perdu le fil de ses pensées, les yeux fixés sur le ketchup.) Oui, je vais lui montrer ce que nous avons sur les meurtres.
J'eus une idée soudaine, et un sourire se dessina au coin de mes lèvres.
- Hé, Ivy, dis-je joyeusement. Passe-moi le sang coagulé.
Sans même marquer de temps d'arrêt, elle poussa la bouteille sur la table. Glenn se raidit.
- Oh, mon Dieu ! Murmura-t-il d'une voix éteinte, et il blêmit.
Ivy ricana, et j'éclatai de rire.
- Détends-toi, Glenn, dis-je en recouvrant mes frites de ketchup. (Je m'adossai à ma chaise et lui adressai un regard sournois en en mangeant une.) Ce n'est que du ketchup.
- Du ketchup ! (Il tira plus près de lui sa serviette en papier où son sandwich était posé.) Vous êtes dingues ?»


«C'était Trent. Il m'avait rejointe pour savoir ce que je voyais. Son regard se porta sur la lueur rouge. Ses yeux s'élargirent de surprise. Mais ce n'était encore rien. Tout à coup, il vit le démon se transformer en une copie de moi, élégant et menaçant dans une combinaison de soie noire.
- Trenton Aloysius Kalamack. (Sa voix était plus sensuelle que la mienne pourrait jamais l'être; il lécha de façon suggestive le reste de mon sort sur ses doigts, et je me demandai s'il ne me faisait pas paraître plus attirante que je l'étais.) Tes pensées ont pris une direction vraiment dangereuse. Tu devrais choisir avec plus de soin qui tu invites à jouer dans ta ligne d'énergie. (Il sembla hésiter, une hanche en avant et regardant par-dessus ses lunettes, comparant nos auras.) Vous faites un couple si mignon, comme des chevaux assortis dans mes écuries.
Et il disparut dans une vague de picotements, me laissant seule à regarder Trent au milieu du paysage d'au-delà.»


♥♥♥♥


Bon. J'étais un peu à la masse car c'est le deuxième tome. Et le monde de Rachel Morgan est très compliqué, avec tout plein de magie : sorciers, mages, vamps, garous, trixies... et j'en passe. Je vous conseille donc de commencer par le premier tome... pour mieux saisir l'ensemble quoi :p.
Mais rassurez-vous, j'ai quand même fini par comprendre (ouf !). C'est un genre qu'on appelle Bit-Lit si je ne m'abuse... (sous-genre de l'urban fantasy... un genre pour les filles...) mais bon les garçons peuvent lire ça ! On va pas leur taper sur les doigts -_-. Un roman facile à lire, très sympa, l'héroïne est bien marrante, rigolote, « sexy », un peu dans le genre de Stéphanie Plum, héroïne de Janet Evanovich (pas le même univers hein). J'aime beaucoup l'univers dans lequel elle surnage, qui est bien détaillé, précis et complet. On y croirait ! C'est un livre qu'on peut lire et lire, juste pour certains passages (rigolos ou romantiques... mouahahah c'est pas pour les filles pour rien -_-) ou quand on s'ennuie.
Ce qui m'a marqué c'est la cohabitation de Rachel M. avec une vamp. Les difficultés qu'elles rencontrent à vivre ensemble, le problème de la vamp (qui est abstinente donc qui ne boit pas de sang) et toutes ces règles qu'elles doivent subir (au bénéfice de l'une ou de l'autre, histoire que les deux restent en vie xD) m'ont bien plu. Cela donne une autre vision du vampire, avec toujours au centre l'attraction physique (leur beauté, la fascination qu'ils suscitent) mais cette fois expliquée.... et réellement effrayante !
J'ai hâte de lire le tome 1 !

# Posté le dimanche 21 décembre 2008 16:39

Modifié le mardi 06 janvier 2009 12:05

•70•

•70•
Les âmes vagabondes, Stephenie Meyer ■


♥♥♥♥


«Question

Mon Corps ma maison
mon cheval, mon chien,
que deviendrai-je
lorsque tu ne seras plus

Où dormirai-je
Comment me déplacerai-je
Quel gibier chasserai-je

Où pourrai-je aller
sans ma monture
impétueuse et impatiente
Comment saurai-je
dans le bosquet devant moi
un danger ou un trésor m'attend
Quand mon Corps, chien taquin
et fidèle sera mort

Quelle sera ma vie
Quand je reposerai dans le ciel
sans toit ni porte
Avec le vent pour yeux

Et les nuages pour robe
Où alors me cacherai-je ?

May Swenson»


«- Il ne sera plus là.
- Il ? A demandé la Traqueuse. Qui ça, « il » ?
Le mur noir est revenu se mettre en place, avec plus de brutalité encore. Mais une fraction de seconde trop tard.
De nouveau, le visage a empli mon esprit. Ce beau visage, avec sa peau dorée, ces prunelles noisette pailletées d'or. Ce visage qui provoquait en moi un plaisir mystérieux, vaste et profond.
Elle avait dressé le mur avec colère, mais pas assez vite.
- Jared ! Ai-je répondu. (Dans l'instant, j'ai ajouté, mais ce n'est plus moi qui parlais :) Jared est sain et sauf ! »


«- Si je devais choisir quelqu'un, un homme parmi des millions, pour être abandonnée avec lui sur une planète déserte, ce serait toi. (Le soleil, coincé entre nous deux, devient plus brûlant encore.) Je veux être avec toi, tout le temps; et ce n'est pas juste pour... pour parler. Quand tu me touches, je... (J'ose passer ma main sur la peau de son bras; ça s'embrase, ça crépite de flammes sous mes doigts. Ses bras se referment autour de moi. Il le sent donc, ce feu ?) Je ne veux pas que ça s'arrête. (Je voudrais être plus précise, mais je ne trouve pas les mots. C'est vraiment idiot. Après avoir été aussi loin...) Si tu ne ressens pas la même chose que moi, je comprends. Si ce n'est pas pareil pour toi, ça ne fait rien. Ce n'est pas grave. (Mensonges ! Foutaises !)
- Oh, Mel, souffle-t-il dans mon oreille en tournant mon visage vers le sien.»


«- Vous allez faire de la randonnée ? A-t-il lancé avec entrain.
- La montagne est très belle.
- Le sentier est juste après le...
- Ne vous inquiétez pas, je trouverai, l'ai-je interrompu en ramassant mes emplettes.
- Redescendez avant la nuit, fillette. Ce serait bête de vous égarer.
- Promis.
Melanie avait des pensées haineuses pour ce vieil homme.
Il est très gentil. Il se soucie réellement de ma sécurité, lui ai-je rappelé.
Vous me fichez tous les jetons ! On ne t'a pas appris à ne pas parler aux étrangers ?
Un éperon de culpabilité m'a traversée. Chez nous, il n'y a pas d'étrangers.»


♥♥♥♥


En premier lieu on note une superbe couverture et un titre très alléchant. On ne demande qu'à l'ouvrir et sitôt fait... ça se boit comme du petit lait !
Non, ne vous attendez pas à un autre Fascination. C'est cent fois plus différent, totalement différent, mais tout aussi, tout aussi captivant !
C'est un monde de SF où la Terre n'est pas la seule planète envahie par les « sangsues ». L'une d'elle, Vagabonde, s'introduit dans le corps d'une rebelle humaine : Melanie Stryder. Mais celle-ci ne se laissera pas aussi facilement chasser... L'amour est central dans ce roman, mais il n'y a pas que ça. Il y a tout une réflexion sur le monde autour de nous, et sur nous, aussi. Valons-nous la peine de vivre ? Et cette appropriation de nos corps, est-elle valable ?
L'homme, c'est le sublime et le grotesque. Vagabonde ne va pas tarder à le découvrir.

# Posté le dimanche 28 décembre 2008 15:04

Modifié le vendredi 15 mai 2009 13:49

•71•

•71•
La ballade de l'impossible, Haruki Murakami ■


♥♥♥♥


«Je te suis reconnaissante, à ma manière, d'être resté près de moi pendant l'année qui vient de s'écouler. Crois-moi au moins sur ce point. Tu ne m'as pas blessée. Je me suis blessée moi-même. C'est ce que je pense.
Je ne suis pas encore prête, pour l'instant, à te rencontrer. Je ne dis pas que je ne veux pas te voir, mais que je ne suis pas prête pour l'instant. Je t'écrirai dès que je me sentirai prête. Je crois qu'alors nous pourrons essayer de nous connaître un peu mieux.
»


«- Dis, Watanabe, commença-t-elle, tu aimais bien Kizuki, n'est-ce pas ?
- Bien sûr.
- Et Reiko, tu l'aimes ?
- Je l'aime beaucoup elle aussi. C'est une fille bien.
- Dis-moi, pourquoi est-ce que tu n'aimes que les gens qui sont comme ça ? Dit Naoko. Nous sommes tous les trois un peu fêlés quelque part, un peu tordus, nous ne savons pas nager et nous perdons pied peu à peu. Moi, Kizuki, et Reiko l'était aussi. Tous les trois. Pourquoi ne peux-tu pas aimer des gens plus normaux ?»


«- Mais je veux savoir, moi. C'est de la pure curiosité. Dis, quand vous vous masturbez, vous pensez à une fille déterminée ?
- Oui. Pour moi en tout cas, c'est comme ça. Mais je ne sais pas très bien comment font les autres, lui répondis-je, renonçant à lui tenir tête.
- Tu l'as déjà fait en pensant à moi ? Répond-moi franchement, je ne me mettrai pas en colère.
- Non, pour être franc, jamais, lui répondis-je honnêtement.
- Pourquoi, je ne te plais pas ?
- Ce n'est pas cela. Tu as beaucoup de charme, tu es jolie et tu t'habilles d'une façon provocante qui te va bien.
- Alors pourquoi est-ce que tu ne penses pas à moi ?
- Tout d'abord parce que je te considère comme une amie et que je ne veux pas te mêler à ce genre de choses. Enfin, à ce genre de fantasmes. Et puis...»


«Où étais-je ?
Le récepteur à la main, je levai la tête et regardai tout autour de la cabine téléphonique. Où étais-je ? Je ne savais pas du tout où je me trouvais. Je n'en avais aucune idée. Quel était donc cet endroit ? Je ne voyais que des silhouettes innombrables qui marchaient. De cet endroit au coeur de nulle part, j'appelais Midori.»


♥♥♥♥


Merveilleux roman sur la perte d'un être cher et sur la difficulté de reprendre sa vie (car la vie continue, quoiqu'il en soit). Par certains aspects il me fait penser au roman de Mako Yoshikawa. J'aime ces personnages de Murakami, énigmatiques, ombrageux, malades et véridiques. Ils mettent en lumière les questions de la vie, de la mort, ces questions qui poursuivent chacun à un moment de sa vie.
Watanabe, le narrateur, m'est particulièrement familier. Il rappelle le narrateur de La course au mouton sauvage. C'est étrange comme Murakami arrive à faire sortir d'un endroit précis, géographiquement vrai, des personnages totalement irréels, presque fantomatiques. On a du mal à croire qu'ils proviennent du même monde que nous ! C'est peut-être là la magie de sa plume. A partir d'éléments basiques, matériels, ou purement physiques, il parvient à installer un univers de poésie, tout en douceur et légèreté. Enfin c'est bizarre ce que je ressens. On a l'impression de monter, monter, d'être à la recherche de quelque chose d'indéfini. Je me sens toujours un peu pantelante après avoir fini un de ses romans. Les yeux dans le vague, je caresse la couverture, et je pense... à rien (Ahem. Non je ne suis pas folle, je suis sûre que cela vous fait le même effet... pas forcément avec les mêmes bouquins ;)). Malgré la différence des romans j'ai toujours l'impression de lire une suite. Je les prend un par un pour ne pas me laisser submerger, pour que le plaisir soit plus long. La ballade de l'impossible je l'ai lu principalement la nuit, vers minuit, 23h. Je happai des chapitres, puis décidai brutalement d'arrêter. Sa fin me semblait impossible, et même arrivée à là, j'ai le sentiment de m'être arrêtée sur un point d'orgue.
Il y a seulement deux auteurs qui me font ça : Peter Hoeg (le o barré svp mais là j'ai la flemme) et Haruki Murakami. Et Henri Bauchau avec Antigone et Mako Yoshikawa avec Vos désirs sont désordres. Faudrait analyser tout ça. Mais pas tout de suite, hein ! ^^

# Posté le dimanche 28 décembre 2008 15:05

Modifié le vendredi 15 mai 2009 13:49

•72•

•72•
Il était un piano noir..., Barbara ■


♥♥♥♥


«Plus jamais je ne rentrerai en scène.
Je ne chanterai jamais plus.
Plus jamais ces heures passées dans la loge à souligner l'oeil et à dessiner les lèvres avec toute cette scintillance de poudre et de lumière, en s'obligeant avec le pinceau à la lenteur, la lenteur de se faire belle pour vous.
Plus jamais revêtir le strass, le pailleté du velours noir.
Plus jamais cette attente dans les coulisses, le coeur à se rompre.
Plus jamais le rideau qui s'ouvre, plus jamais le pied posé dans la lumière sur la note de cymbale éclatée.
Plus jamais descendre vers vous, venir à vous pour enfin nous retrouver.
Un soir de 1993, au Châtelet, mon coeur, trop lourd de tant d'émotion, a brusquement battu trop vite et trop fort, et, durant l'interminable espace de quelques secondes où personne, j'en suis sûre, ne s'est aperçu de rien, mon corps a refusé d'obéir à un cerveau qui, d'ailleurs, ne commandait plus rien.
J'ai gardé, rivée en moi, cette panique fulgurante pendant laquelle je suis restée figée, affolée, perdue.»


«C'est ainsi qu'à l'été 43, nous débarquons à Saint-Marcellin, à proximité du Vercors, haut lieu de la Résistance.
C'était difficile de passer inaperçus lorsque nous arrivions dans une nouvelle localité. Nos parents nous recommandaient de ne rien dire de notre vie.
Ne rien dire, avec cette différence physique et l'arrogance avec laquelle je disais, justement, que j'étais juive...
« Oui, et alors... ? »
Et alors ? Je n'avais ni honte ni fierté particulière d'être juive, mais le fait de lire ma singularité dans le regard des autres me rendait agressive.»


«Il ne faut jamais revenir
Au temps passé des souvenirs
Du temps béni de son enfance
Car parmi tous les souvenirs
Ceux de l'enfance sont les pires
Ceux de l'enfance nous déchirent
Vous ma très chérie ô ma mère
Où êtes-vous donc aujourd'hui
Vous dormez au chaud de la terre
Et moi je suis venue ici
Pour y retrouver votre rire
Vos colères et votre jeunesse
Mais je suis là avec ma détresse
Hélas
»


«A Mogador, je reviendrai en 1989. Ce ne sera pas dans le même costume; je n'aurai pas à monter quatre à quatre les deux étages conduisant à la loge commune, encombrée par une lourde robe cerclée de crinolines. Ma loge personnelle aura été installée sur le plateau. J'aurai mes lumières, mon son, mon piano. Et mon merveilleux public qui, à la sortie du spectacle, rue Caumartin, bombinera comme une nuée affectueuse autour de la voiture...»


♥♥♥♥


J'ai lu le premier extrait en commentaire de texte, en 1L. Je l'ai trouvé superbe, triste. Barbara je ne la connaissais qu'à travers sa chanson Gottingen. Mon père la nommait « la dame en noir ». Et ce texte m'a donné envie de la découvrir, un peu plus. J'en ai parlé à mes amies mais il me semblait être la seule à ressentir quelque chose, à avoir été touchée, « bof, c'est qu'une femme qui se maquille... superficielle... ». Superficielle ! Mais ces gestes étaient si symboliques, si chargés de tradition et maintenant de regrets... Superficielle !
Je l'ai enfin lu ce livre, deux ans plus tard. Je l'ai lu cette autobiographie de Barbara, ces « mémoires interrompus » auxquels se mêlent l'air de rien, des bribes de chansons. J'avais l'impression de la comprendre, cette dame en noir. Je me disais que j'aurai aimé la connaître, que j'aurai aimé lui parler. Elle me semblait proche.
Barbara ? Vie tumultueuse, vie pas si joyeuse. Barbara heureuse ? Elle-même ne peut nous le dire, mais des moments heureux, ça oui.
Ces mémoires interrompus exaltent la mélancolie, le souffle d'une époque passée, la fin de quelque chose.

« Ecrire, aujourd'hui, est un moyen de continuer le dialogue. »

# Posté le samedi 10 janvier 2009 12:25

Modifié le dimanche 18 janvier 2009 11:50

•73•

•73•
Pauvre Miss Finch, W. Wilkie Collins ■


♥♥♥♥


«En face de la porte, une silhouette solitaire, vêtue d'une robe d'une blancheur immaculée, se penchait au-dessus des fleurs de la fenêtre. C'était la jeune aveugle que je devais consoler dans sa nuit éternelle. Les braves gens des villages des South Downs compatissaient à son malheur et avaient ajouté un qualificatif à son nom : ils l'appelaient la "pauvre Miss Finch". Quant à moi, elle restera dans mon souvenir par le prénom gracieux qu'elle portait, et je ne la nommerai plus désormais que Lucilla.»


«Le révérend Finch attendait - en feignant, avec un tact consommé, une ignorance complète - que les relations entre les deux jeunes gens mûrissent, au vu et au su de tout le monde, jusqu'à devenir un amour reconnu. Grâce à Lucilla, elles prenaient rapidement un caractère de plus en plus tendre.»


«Quand sa rage de lecture le prenait, pas moyen de lui échapper. Sous un prétexte ou sous un autre, il fondait sur nous livre en main, nous faisait asseoir à un bout de la pièce, se plaçait à l'autre, ouvrait sa terrible gueule et nous bombardait toutes ensembles de mots, comme les cibles d'un tir de carabine, pendant des heures entières. C'était tantôt de la poésie, avec Shakespeare ou Milton, tantôt des discours parlementaires, avec Burke ou Sheridan. Mais, quelque morceau qu'il choisît, il en faisait un tel foin, un tel plat, il se mettait si bien en avant, il reléguait tellement à l'arrière-plan les poètes et les orateurs qu'il était censé interpréter qu'ils perdaient toute originalité propre pour devenir tous d'insupportables reflets de Mr. Finch. De ces lectures datent mes premiers doutes sur l'excellence suprême de la poésie shakespearienne; et j'attribue à la même exaspération mon hostilité implacable, sur tous les problèmes contemporains, à la politique de Mr. Burke.»


«Elle se précipita vers Nugent Dubourg mais, comme elle était incapable d'évaluer les distances, elle se heurta violemment à lui et faillit le renverser.
- Je le reconnais ! Je le reconnais ! s'écria-t-elle, et elle jeta ses bras autour de son cou. Oh, Oscar ! Oscar !
En prononçant ce nom, elle serrait Nugent contre elle de toute sa force et appuyait sa tête contre sa poitrine avec une joie qui tenait de l'extase.
L'horrible scène se déroule avant que nous eussions pu reprendre nos esprits; elle dura tout au plus trente secondes. Le médecin, qui l'avait suivie en courant, fit soudain demi-tour et revint avec le bandeau, qu'il avait oublié dans la chambre à coucher. Grosse fut le premier à recouvrer son sang-froid. Il s'approcha d'elle en tapinois.
Mais avant qu'il eût pu le lui glisser à l'improviste sur les yeux, elle perçut ses pas. Au moment où je me tournais, saisie d'horreur, vers Oscar, elle releva la tête pour chercher le chirurgien. Elle regarda de mon côté, et ses yeux rencontrèrent le visage d'Oscar.»


«J'aurais à coup sûr répondu à cette lettre cruelle en donnant à Lucilla ma démission immédiate de mon poste de dame de compagnie.
Mais une de ses phrases contenait une allusion sarcastique aux prétextes que j'avais invoqués pour expliquer l'absence d'Oscar. En me parodiant sur l'inutilité des adieux solennels dans l'urgence, elle dissipa mes derniers doutes sur la duplicité de Nugent. Mes soupçons se changèrent en certitude : il avait écrit en se faisant passer pour son frère et il s'était arrangé, par des moyens que je ne pouvais deviner, pour influencer Lucilla, pour réveiller son naturel méfiant né de sa cécité et pour détruire la confiance qu'elle avait en moi.»


♥♥♥♥


Il faut quand même que je vous fasse profiter de ce cher Wilkie Collins !! Ceci est mon deuxième roman lu de lui et si vous voulez passer un bon moment, allez-y ! Entre multiples intrigues, personnages loufoques ou tordus, héroïnes fortes et décidées, le héros (Anti-héros victorien ! Le roman date de 1872 !) n'est pas le plus costaud, ni le plus courageux ! Wilkie Collins (ami dans l'ombre de Dickens pour la petite histoire) laisse éclater sa rage du roman conformiste et c'est très très drôle (lire Mari et Femme avec l'algarade sur les sportifs). Je ne résiste pas à l'envie de vous faire profiter du résumé de la quatrième de couverture (édition Phoebus) qui est - il faut le dire - parfaite :

Lucilla, une jeune fille du meilleur monde, aveugle depuis la petite enfance, est amoureuse d'Oscar, un brave garçon dont la beauté et les vertus se résument pour elle au son d'une voix, et à la ferveur de quelques caresses. Opérée de la cataracte, elle va recouvrer la vue... sans se douter qu'à la faveur d'un complot un autre va prendre la place d'Oscar en se faisant passer pour lui.

N'en disons pas plus. Précisons seulement qu'en retrouvant l'usage de ses beaux yeux la chère enfant va découvrir tout un monde chaudement illuminé, délicieusement coloré, qui pratique à toute heure le faux-semblant, le mensonge, la trahison et ces mille et une formes de tromperie que se réservent l'un à l'autre ces êtres dits normaux qui ont la chance de se pouvoir regarder dans le blanc des yeux...


Si ce n'est pas génial de lire ça ! J'adore tout particulièrement la fin ^^. La préface de Michel Le Bris est très intéressante également. A lire en dernier si on veut conserver le suspens...

# Posté le dimanche 18 janvier 2009 11:52

Modifié le vendredi 15 mai 2009 13:48

•74•

•74•
Le passage de la nuit, Haruki Murakami ■


♥♥♥♥


«La ville s'offre à notre regard»


«- Excuse-moi, lui demande-t-il, je me trompe peut-être, mais tu ne serais pas la petite soeur d'Eri Assaï ?
La fille ne répond rien. Elle l'observe comme on le ferait d'un arbuste, au fond de son jardin, qui aurait poussé de manière démesurée. Le garçon poursuit :
- On s'est déjà rencontrés, non ? Euh... Toi, tu es Yuri. Une syllabe de différence.
- Mari, corrige-t-elle simplement. Elle reste sur ses gardes.
Le garçon lève son index.
- C'est ça ! Mari. Eri et Mari. Une syllabe d'écart. Tu ne te souviens pas de moi, hein ?
Mari penche légèrement la tête. Est-ce que cela signifie oui ? Non ? Elle ôte ses lunettes, les pose près de sa tasse.»


«Une belle fille dort sans discontinuer dans son lit. Ses cheveux noirs et lisses sont déployés sur l'oreiller comme un éventail porteur de sens. Ses lèvres sont délicatement closes. Coeur immergé dans les profondeurs sous-marines. A chaque clignotement de la télé, la lumière ondoie sur son visage et des ombres dansent, tels des symboles énigmatiques. L'homme-sans-visage, assis sur sa chaise en bois toute simple, contemple Eri en silence. Au rythme de sa respiration, ses épaules esquissent une infime remontée, une infime redescente; comme un bateau déserté, que bercent les douces vagues de l'aube. Rien d'autre ne bouge dans la chambre.»


«Il appuie sur le bouton, l'aiguille descend dans son sillon. Un scratch à peine perceptible. Débute alors "Sophisticated Lady" de Duke Ellington. Avec un solo nonchalant de Harry Carney à la clarinette basse. La façon de se mouvoir du barman est apaisante; elle fait que le temps dans ce bar s'écoule à un rythme qui lui est propre. Mari lui demande :
- Vous ne mettez que des vinyles ?
- Je n'aime pas les CD, répond-il.
- Pourquoi ?
- lls brillent trop.»


«Il regarde une petite télé sur la table. A côté du pot de yaourt, une télécommande. A l'écran, des images des profondeurs marines. Toutes sortes d'êtres aux formes étranges, qui peuplent les fonds sous-marins. Des beaux. Des laids. Certains chassent, d'autres se font chasser. Un mini-sous-marin d'exploration chargé d'outils high-tech. Des projecteurs puissants, un bras articulé précis. C'est une émission sur la nature, intitulée "Les créatures du fond des mers". Le son est coupé. L'homme porte la cuillère à sa bouche, et suit, inexpressif, les mouvement sur l'écran de la télé. Mais dans sa tête, il songe à autre chose. Il médite sur la corrélation entre logique et action.»


♥♥♥♥


J'ai l'honneur de vous annoncer que ceci va être le dernier livre de Murakami présenté... car ils me plaisent tous et je ne vais pas tous les mettre sur mon blog ! (Et pourquoi ? Place aux autres !)
J'ai l'impression de me répéter mais j'aime beaucoup le titre, et l'image de couverture (En ce moment ça me le fait souvent ! C'est fou !). Trêve de bavardages, une nouvelle fois, l'univers onirique de Murakami fait son effet... et me transporte.
En une nuit, Tokyo se peuple d'événements incompréhensibles et de gens étranges. Mari les rencontre, se balade de bar en bar (On ne sais même pas ce qu'elle lit ! Bouh !) tandis que sa soeur Eri dort... Mais elle n'en vit pas moins d'aventures.
J'ai apprécié la progression de l'heure, avec la petite horloge indicative. En regardant ma propre heure à la fin du roman, je me suis étonnée qu'il ne soit pas six heures... Les dialogues entre Mari et Takahashi sont incroyablement surprenants... On peut à partir de rien, parler de tout et on reconnaît bien la signature de l'auteur. En tout cas ce sont tous des personnages blessés, et même "les méchants" sont à plaindre. Ils marchent vers on ne sait quoi, désabusés par une vie trop riche ou trop vide, par le temps qui va trop vite... ou trop lentement. En une nuit la caméra fait un focus et nous les montre... comme en pause.


# Posté le dimanche 18 janvier 2009 11:54

Modifié le vendredi 15 mai 2009 13:48

•75•

•75•
Stargirl – Tome 2

Signé Stargirl, Jerry Spinelli ■


♥♥♥♥


«Est-ce là ma faute, Léo ? Ai-je exagéré ? T'ai-je à ce point effrayé ? J'ai l'impression que, depuis, je n'ai cessé de retirer des galets de mon chariot. Maintenant, j'en suis réduite à cinq, je me sens mal, et j'ignore comment aller mieux.»


«Quand une Stargirl pleure, ce ne sont pas des larmes qui coulent mais de la lumière.»


«Ni Dootsie ni moi n'avions envie de partir. Seule la boule de feu qui bougeait sur l'horizon indiquait l'écoulement du temps. Tandis que nous errions ainsi, elle a prononcé mon nom à trois reprises :
- Stargirl ?
- Oui ?
- C'était encore plus bien qu'à la télé.
- Oui.
- Stargirl ?
- Oui ?
- Il fait ça tous les jours, le soleil ?
- Oui.
- Stargirl ?
- Oui.
- Chaque jour, c'est la fête au soleil.»


«- Trop heureuse ? C'est possible, ça ? On est heureux ou on ne l'est pas, non ? Comment peut-on être trop heureux ?
- En vivant dans un conte de fées. Un monde faux.
- Mais ce n'est pas tous les jours rose pour Ondine. Il lui arrive d'être triste.
- Pas assez. Elle est idiote. Irréelle.
Une idée m'a tout à coup traversé l'esprit.
- Tu ne l'as pas terminé, hein ? Ai-je dit en me rapprochant de quelques centimètres supplémentaires.
- C'était trop nul.
- Réponds !
- Non !
- Eh bien, sache que, à la fin, le chevalier d'Ondine, Hans, son aimé, meurt.
- Bien.
- Ondine oublie tout de son époque sur Terre en compagnie des humains et rejoint les siens.
- Bien.
- Pour toujours.
- Bien.
Le mot a plané dans la nuit, telle une deuxième lune, amère.
- Pourquoi as-tu choisi de le lire ?
- Parce qu'il était sous mon nez.»


♥♥♥♥


Il est dur d'imaginer que Stargirl puisse vivre dans notre monde. Dans le premier tome, cela pouvait passer, mais avec ce deuxième opus, c'est un peu plus dur. Ces personnages sont si particuliers ! Si marginaux ! Si différents ! ... Peut-être qu'ils existent après tout. Ils ont juste enlevé le vernis social qui nous recouvre tous. J'ai l'impression que ce deuxième tome est venu à l'auteur par lui-même. Qu'il n'avait pas l'intention de faire une suite, mais que Stargirl a insisté. Elle aussi après tout voulait sa part de l'histoire. Elle voulait montrer que non, elle n'est pas irréelle, oui elle est humaine. Doutes, faiblesses, peines et pleurs. C'est une Stargirl différente que nous avons là. On la découvre sensible, faible. Triste. Léo hante ce roman du début à la fin. On en vient à le détester celui-là, et ce n'est qu'en pensant au premier tome qu'on peut le comprendre. Car après tout, qui n'a jamais fui devant un danger ? Aurions-nous fait mieux à sa place ? Pourtant dans ses faiblesses Stargirl est forte. Forte de sa différence et de son envie de bonheur pour les autres. Ce roman est complémentaire au premier tome, on a plaisir à le lire, du mal à le quitter. Il se dénote du premier tome par ses nombreux personnages, plus attachants, plus singuliers. Dootsie, Alvina, Betty-Lou, Perry, ... Cette fois on est bien dans le monde de Stargirl, ses parents, ses pensées. Un mot me vient, c'est waouh !. C'est si différent (je répéte ce mot xD). Vous savez que des jeunes ont monté des associations « Stargirl » dans leurs collèges, lycées ? Qu'il y a même une charte de vie qui se développe !! ...
Un deuxième tome parfait. Enchanteresque. Stargirl reste la même. Plus forte que jamais. Malgré tout.

# Posté le dimanche 25 janvier 2009 10:37

Modifié le vendredi 15 mai 2009 13:48

•76•

•76•
Ondine, Jean Giraudoux ■


♥♥♥♥


«LE CHEVALIER : Il s'appelle Hans...
ONDINE : J'aurais du m'en douter. Quand on est heureux et qu'on ouvre la bouche, on dit Hans...
LE CHEVALIER : Hans von Wittenstein...
ONDINE : Quand il y a de la rosée, le matin, et qu'on est oppressée, et qu'une buée sort de vous, malgré soi on dit Hans...
LE CHEVALIER : Von Wittenstein zu Wittenstein...
ONDINE : Quel joli nom ! Que c'est joli, l'écho dans un nom !... Pourquoi es-tu ici ?... Pour me prendre ?...
AUGUSTE : C'en est assez... Va dans ta chambre...
ONDINE : Prends-moi !... Emporte-moi !»


«YSEULT : Veux-tu mes conseils, chère petite Ondine ?
ONDINE : Oui, je suis une ondine.
YSEULT : Tu peux m'écouter, tu as quinze ans.
ONDINE : Quinze ans dans un mois. Et je suis née depuis des siècles et je ne mourrai jamais.
YSEULT : Pourquoi as-tu choisi Hans ?
ONDINE : Je ne savais pas que l'on choisit, chez les hommes. Chez nous l'on ne choisit pas, de grands sentiments nous choisissent, et le premier ondin venu est pour toujours le seul ondin. Hans est le premier homme que j'ai vu, on ne peut choisir davantage.
YSEULT : Ondine, disparais ! Va-t'en !
ONDINE : Avec Hans ?»


«ONDINE : Sûrement. Mais là encore nous sommes chez les humains. Que je sois malheureuse ne prouve pas que je ne sois pas heureuse. Tu n'y comprends rien : choisir dans cette terre couverte de beautés, le seul point où l'on doive rencontrer la trahison, l'équivoque, le mensonge, et s'y ruer de toutes ses forces, c'est justement là le bonheur pour les hommes. On est remarqué si on ne le fait pas. Plus on souffre, plus on est heureux. Je suis heureuse. Je suis la plus heureuse.»


«HANS : Moi, on m'appelle Hans !
ONDINE : C'est un joli nom.
HANS : Ondine et Hans, c'est ce qui se fait de mieux comme noms au monde, n'est-ce pas ?
ONDINE : Ou Hans et Ondine ?
HANS : Oh non ! Ondine d'abord ! C'est le titre, Ondine... Cela va s'appeler Ondine, ce conte où j'apparais çà et là comme un grand niais, bête comme un homme. Il s'agit bien de moi dans cette histoire ! J'ai aimé Ondine parce qu'elle le voulait, je l'ai trompée parce qu'il le fallait. J'étais né pour vivre entre mon écurie et ma meute... Non. J'ai été pris entre toute la nature et toute la destinée, comme un rat.»


♥♥♥♥


Vous savez quoi ?! J'adore ce livre.
C'est Stargirl qui me l'a suggéré. Et je suis loin de le regretter. Ondine c'est quoi ? Ondine c'est comme la petite sirène. Ondine choisit – pour l'amour – de vivre parmi les humains et cela sera sa perte. Ondine est vie, Ondine est l'onde. Ondine ce n'est pas nous mais c'est ce que nous aspirons à être. En reposant Ondine, on souffle, on regarde autour de nous, et puis on souffle encore. Ondine nous donne envie d'être meilleurs, Ondine nous fait aimer le beau. Ô belle Ondine... Tragique Ondine... Les hommes t'ont mangée.
Du même auteur je recommande Electre, La guerre de Troie n'aura pas lieu (C'est bizarre mais je préfère de loin ses pièces à ses romans qui me sont trop indigestes... Je n'arrive pas à les terminer.).

# Posté le mardi 10 février 2009 15:29

Modifié le dimanche 05 avril 2009 14:50

•77•

•77•
Le château de Hurle, Diana Wynne Jones ■


♥♥♥♥


«Le château, néanmoins, continua de vagabonder aux alentours des collines, et on apprit qu'il n'appartenait pas à la sorcière mais au magicien Hurle. Ce magicien n'était guère une personne recommandable. Il avait la réputation de collectionner les jeunes filles. Certains disaient qu'il aspirait leur âme, d'autres qu'il dévorait leur coeur. Bref, aucune jeune fille n'était en sécurité s'il la surprenait non accompagnée.»


«- Oh ! bonjour, Hurle ! articula Michael, au désespoir.
Sophie se retourna d'un bloc, plutôt vivement. Elle considéra, stupéfaite, le grand jeune homme vêtu d'un éblouissant costume bleu et argent qui suspendit son geste de poser une guitare dans un coin. La curiosité se lisait dans ses yeux vert d'eau. Il repoussa ses mèches blondes pour mieux la dévisager à son tour. Son visage allongé aux traits anguleux traduisait une grande perplexité.
- Mais qui êtes-vous donc ? dit-il. Où vous ai-je déjà rencontrée ?»


«- ... Mais dites-m'en plus sur le magicien, je vous prie.
« En dire plus sur Hurle ? songea Sophie au désespoir. Voyons, il faut que je salisse son nom... » Elle devait vraiment avoir la tête très vide, car pendant un moment elle ne put lui trouver de défaut. C'était proprement insensé !
- Lui ? Il est inconstant, irréfléchi, égoïste et hystérique, finit-elle par débiter d'une seule traite. La moitié du temps je pense qu'il se moque de ce qui arrive aux autres tant que tout va bien pour lui – et je découvre alors qu'il s'est montré d'une très grande bonté envers quelqu'un. Ensuite je pense qu'il est bon quand cela l'arrange – et je m'aperçois qu'il se fait trop peu payer par les pauvres. Je ne sais que vous dire, Votre Majesté. Il est trop déconcertant.
- Mon impression, dit le roi, est que ce magicien est un coquin insaisissable et sans scrupules qui a du bagout et beaucoup d'astuce. Vous êtes d'accord ?
- Ah ! Vous l'avez parfaitement défini ! s'écria Sophie de bon c½ur. Mais vous avez laissé de côté sa vanité et...»


«- Cela me plaît de revenir, pourvu que je sois libre de mes mouvements, sourit Calcifer. Et d'ailleurs il pleut à Halle-Neuve.»


♥♥♥♥


Comme beaucoup j'ai vu Le château ambulant, film de H. Miyazaki.
Comme beaucoup j'ai été séduite par cet univers décalé, magique, où chacun y trouve sa part.
Surprise ! Un roman existe ! Et c'est une Américaine qui l'a écrite !
Je m'en empare : logique. Alors, la petite bulle qui s'était créée autour de moi lors du film revient et j'ai l'impression que tout se déroule très vite. Hop c'est la fin ! Sophie, ses soeurs, le charmant Hurle et le génie du feu... Tous ses personnages attachants, amusants...
J'ai tourné la dernière page. Et vous savez quoi ? Il me tarde maintenant de revoir le film, pour m'en faire un complément...

# Posté le dimanche 15 février 2009 10:15

Modifié le dimanche 05 avril 2009 13:57

•78•

•78•
En attendant Godot, Samuel Beckett ■


♥♥♥♥


«ESTRAGON. - Je ne comprend rien... (Un temps.) Engueulé qui ?
VLADIMIR. - Le Sauveur.
ESTRAGON. - Pourquoi ?
VLADIMIR. - Parce qu'il n'a pas voulu les sauver.
ESTRAGON. - De l'enfer ?
VLADIMIR. - Mais non, voyons ! De la mort.
ESTRAGON. - Et alors ?»


«Ayant commencé trop bas, il s'arrête, tousse, reprend plus haut :

Un chien vint dans l'office
Et prit une andouillette.
Alors à coups de louche
Le chef le mit en miettes.

Les autres chiens ce voyant
Vite vite l'ensevelirent...

Il s'arrête, se recueille, puis reprend :

Les autres chiens ce voyant
Vite vite l'ensevelirent
Au pied d'une croix en bois blanc
Où le passant pouvait lire :
Un chien vint dans l'office
Et prit une andouillette.
Alors à coups de louche
Le chef le mit en miettes.
Les autres chiens ce voyant
Vite vite l'ensevelirent...

Il s'arrête. Même jeu.

Les autres chiens ce voyant
Vite vite l'ensevelirent...

Il s'arrête. Même jeu. Plus bas.

Vite vite l'ensevelirent...»


«VLADIMIR. - Ne perdons pas notre temps en vains discours. (Un temps. Avec véhémence.) Faisons quelque chose, pendant que l'occasion se présente ! Ce n'est pas tous les jours qu'on a besoin de nous. Non pas à vrai dire qu'on ait précisément besoin de nous. D'autres feraient aussi bien l'affaire, sinon mieux. L'appel que nous venons d'entendre, c'est plutôt à l'humanité toute entière qu'il s'adresse. Mais à cet endroit, en ce moment, l'humanité c'est nous, que ça nous plaise ou non. Profitons-en, avant qu'il soit trop tard. Représentons dignement pour une fois l'engeance où le malheur nous a fourrés. Qu'en dis-tu ? (Estragon n'en dit rien.)»


«VLADIMIR. - Il faut revenir demain.
ESTRAGON. - Pour quoi faire ?
VLADIMIR. - Attendre Godot.
ESTRAGON. - C'est vrai. (Un temps.) Il n'est pas venu ?
VLADIMIR. - Non.
ESTRAGON. - Et maintenant il est trop tard.
VLADIMIR. - Oui, c'est la nuit.
ESTRAGON. - Et si on le laissait tomber ? (Un temps.) Si on le laissait tomber ?
VLADIMIR. - Il nous punirait. (Silence. Il regarde l'arbre.) Seul l'arbre vit.
ESTRAGON (regardant l'arbre). - Qu'est-ce que c'est ?»


♥♥♥♥


Je l'avais lu il y a longtemps, quand j'étais jeunette, et cela m'avait laissé une curieuse impression.
Une amie m'avait dit que ce texte parlait de douleur et c'est vrai. En le relisant je ne peux qu'acquiescer à cette idée.
Beckett l'a voulu sans queue ni tête, mais il y a introduit le grand thème du siècle. Qu'attendent Didi & Gogo ? Qu'attendons-nous ? C'est de l'homme qu'il s'agit. Encore. La condition humaine, la nature humaine. Toujours. Le grand mystère.

# Posté le mercredi 18 mars 2009 17:35

Modifié le dimanche 05 avril 2009 15:15