•59•

•59•
La Petite Fille silencieuse, Peter Høeg


♥♥♥♥


«- Ecoute, dit-il.
Ce n'était pas un son fort ou distinct. C'était un patchwork sonore ouaté et complexe. C'étaient les cloches des églises de la ville qui sonnaient l'angélus du soir.
- Elles sont accordées en une certaine note, qui constituera la fondamentale d'un triple accord majeur ou mineur. Des harmoniques supérieurs, situés une octave plus une tierce mineure ou majeur au-dessus, vibrent avec la fondamentale. La ville est une carte sonore. Prenons l'église de Grundtvig, accordée en . Et au-dessus, le fa dièse qui s'impose tout autant. L'église n'a que cette seule, grande cloche. Quant à l'église du Sauveur, son carillon est inimitable. Ainsi, elles sont toutes uniques. Si donc on parle au téléphone au moment du coucher de soleil, et qu'on écoute au-delà de la voix, et arrive à compenser l'aplatissement de l'image acoustique, on peut se faire une idée de la position de son interlocuteur sur la carte sonore.»


«-Je pourrais m'installer ici, dit-elle.
- Je n'ai pas beaucoup d'espace, ni d'argent ces temps-ci.
- J'ai un appétit d'oiseau.
Il s'était trouvé face à toute sorte d'enfants. Des jeunes délinquants, des desperados de quinze ans avec des poignards à double tranchant attachés au mollet sous le pantalon de camouflage, et des condamnations avec sursis pour violence graves sur des personnes innocentes. Cela ne lui avait jamais posé de problème. Il leur avait toujours serré la bride. Ceci était différent. Il s'était mis à transpirer. Un instant, le visage de l'enfant était pur et sévère comme celui d'un ange. L'instant d'après, il se fendait d'un sourire démoniaque.
- Je te teste, dit-elle. Je ne m'installerai pas ici. Tu serais incapable de t'occuper d'un enfant. Et ce n'est pas vrai que je mange comme un moineau, plutôt comme quatre. L'économat m'appelle "ver solitaire".»


«Jouer est un phénomène d'interférences. Deux enfants qui jouent créent une opposition binaire équilibrée. Trois enfants forment une consonance plus flottante, mais plus dynamique aussi. Quatre enfants se polarisent en deux paires, plus stables que le trio. A cinq, le jeu redevient flottant, et six est normalement le nombre maximal d'enfants capables de jouer un jeu improvisé sans que celui-ci soit structuré par l'un d'eux, qui domine les autres. Quant à sept enfants jouant de façon équilibrée et égale, Kasper ne l'avait vu qu'une fois dans sa vie. Il s'agissait d'enfants d'artistes ayant voyagé ensemble tout un été avec le cirque; en fin de saison, ils savaient qu'ils devaient se séparer et le jeu avait duré moins d'une heure. Plus de sept enfants exige des règles établies et surveillées de l'extérieur par des adultes, par exemple dans un jeu de balle.
Il n'y avait aucun adulte devant lui. Aucun son dominant dans le groupe. Onze enfants, et leur jeu était parfaitement harmonieux.»


«Bach avait choisi le si mineur pour sa grande messe. Beethoven l'avait choisi pour la dernière partie de la Missa Solemnis. Et il avait écrit quelque part que, chaque fois qu'il avait croisé Goethe, il l'avait entendu en majeur, la tonalité relative. Le si mineur était profond. Dramatique, introverti, spirituel. Bleuâtre tirant sur le noir. La femme devant lui était bleu-noir. Sa nature, autant que ses vêtements. La même couleur que par grands fonds. C'était la première fois qu'il la voyait.
- L'Espagne ne sera jamais l'Europe, dit-elle. L'Europe s'arrête aux Pyrénées. L'Espagne fait partie du Moyen-Orient. La législation fiscale y repose sur le Deutéronome. Tout au-dessus de cinq millions de pesetas est assimilé à une fraude fiscale grave et donne deux ans. A quoi s'ajoute le dépouillement des actifs à Gibraltar. Nos avocats estiment que vous êtes probablement déjà dénoncé et convoqué au tribunal d'enquête de Torremolinos.
- Où suis-je ? demanda-t-il.
- A la Fondation Rabia. Un couvent de religieuses. Nous sommes l'ordre des soeurs en prière. Le couvent principal se trouve à Audebo et la maison mère à Alexandrie.»


♥♥♥♥


Je dois être un peu cinglée pour aimer tant ce que je ne comprends pas. Mais c'est si dense, si compliqué, si animé... Je suis littéralement charmée. Il faut dire pourtant que c'est le troisième livre que j'ai lu de Peter Høeg (et le dernier en date si je ne m'abuse... et qui a fait un tollé au Danemark car les gens n'y pigeaient rien ! Ouf ! Je ne suis pas la seule !!) et j'ai l'impression que le niveau de compréhension monte de livre en livre... ! Bref, pour en rester à nos moutons, dans ce roman, le personnage principal Kasper Krone est très attachant. Bizarre, clownesque (c'est son métier), surdoué, têtu... on ne s'embête pas avec lui mais attention aux dégâts ! La gamme de personnages secondaires est également impressionnante, l'auteur réussit le tour de force de les rendre un à un particuliers, différents,... mais alors là, vraiment différents !
Quant à l'héroïne, la petite fille silencieuse, KlaraMaria... j'avoue ne pas avoir saisi sa nature (la fin du livre m'est ténébreuse).
Cela surprendra sans doute tout le monde que j'ai beaucoup aimé ce roman, mais c'est vrai (c'est con ce que je raconte xD). Il y a quelque chose qui me fait tilt dans ces romans. Une atmosphère unique, réelle et en même temps non, qui tisse une toile autour de moi, et qui m'absorbe toute entière...

# Posté le mercredi 15 octobre 2008 15:35

Modifié le jeudi 21 mai 2009 11:19

•60•

•60•
Un long long chemin, Sebastian Barry


♥♥♥♥


« Puis, mystérieusement, chacun sut que le père Buckley avait terminé. Cela se produisit peut-être grâce à une suite de chuchotements, de clins d'oeil ou de hochements de tête. Mais c'était remarquable, se dit Willie, tout à fait remarquable.
N'importe quel imbécile savait, naturellement, que c'était mauvais signe quand le prêtre venait dans les tranchées. Si cela avait été fait dans les règles, ils se seraient peut-être rassemblés dans un champ quelque part dans les lignes de réserve et auraient assisté à une vraie messe avec un sermon écrit de sa plume.»


«Willie chantait et même si, en vérité, il était un amateur - O'Hara remarqua que sa respiration était irrégulière et maladroite -, l'admiration de sa mère disparue était dans son chant, tandis que son esprit faisait un bond en arrière pour revoir, pour se souvenir de l'air qu'un enfant dans une pièce de Dalkey chantait à sa mère, après la naissance de sa soeur Dolly qui l'avait tuée, son père assis l'air sévère dans l'arrière-cuisine puis sortant soudain pour marcher dans la nuit, Dieu sait où, et Willie âgé de onze ans entrant furtivement pour la voir, scène qu'il avait oubliée jusqu'en cet instant où il chantait, pour être avec elle et lui chanter cet air, les pennies posés sur ses yeux, la sage-femme lavant le bébé dans le petit salon et personne dans la chambre, sinon la houle lointaine de la mer de Dalkey et son chant "Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous" et le visage de sa mère n'écoutant pas et écoutant en même temps, de la même façon, il chantait aujourd'hui pour ces hommes détruits, ces auditeurs condamnés, ces pauvres idiots venus faire la guerre sans même un pays à eux, ces esclaves de l'Angleterre et ces rois de rien - selon les propos amers et secrets de Christy Moran.»


«Je voulais dire dans cette lettre que j'ai pensé à tout ce qui m'est arrivé et à beaucoup d'autres choses. A la façon dont certaines de ces choses m'ont fait commencer à voir la vie sous un autre jour et à la façon dont tu en as été terriblement offensé. Je comprends pourquoi. Mais ça ne peut rien changer au fait que je crois au plus profond de mon coeur que tu es le meilleur homme que je connaisse. Quand je pense à toi, rien de mauvais ne me vient à l'esprit.»


♥♥♥♥


J'ai pleuré comme une madeleine. Ce livre est si triste dès le début ! Il nous impose la réalité, ces guerres stupides que se font ces stupides hommes entre eux. Les martiens doivent bien rigoler de chez eux. Franchement, ce n'était qu'un gâchis total ! Ah, la bravoure et l'esprit patriotique, c'est bien joli, encore faut-il que cela serve à quelque chose ! Ici, Willie irlandais de Dublin se bat pour l'Angleterre... Qu'est-ce que cela rapporte ? Des morts, encore des mots pour Dublin. Histoire d'en ajouter au paquet.
Pardon pour cette critique... qui n'en est pas une. Ce roman me fait me révolter, une fois de plus, contre la bêtise humaine. STOP ! ... Mais hélas, la machine infernale est en route. Oui, je suis totalement défetiste, pessimiste, ... moi la nouvelle génération :(.
(Un roman prenant, du côté des irlandais de la 1GM dont on ne parle pas souvent, un héros auquel on peut facilement s'identifier, un récit au ton simple et doux... et triste).

# Posté le lundi 27 octobre 2008 06:15

Modifié le jeudi 21 mai 2009 11:20

•61•

•61•
La Voleuse de livres, Markus Zusak ■


♥♥♥♥


«QUELQUES INFORMATIONS SUR STALINGRAD
1.En 1942 et au début de l'année 1943, le ciel de cette ville était chaque matin de la couleur d'un drap fraîchement blanchi.
2.Toute la journée, tandis que je le traversais avec ma charge d'âmes, le drap était éclaboussé de sang, jusqu'à ce qu'il sature et s'alourdisse.
3.Le soir, il était essoré et de nouveau blanchi, prêt pour une aube nouvelle.
4.Et cela, c'était lorsque le combat ne faisait rage que durant la journée.
»


«C'était la première fois que Liesel était appelée ainsi et elle ne pouvait dissimuler que cela lui plaisait beaucoup. Comme nous le savons, vous et moi, elle avait déjà volé des livres, mais, en cette fin d'octobre 1941, cela devenait officiel. Ce soir-là, Liesel Meminger devint vraiment la voleuse de livres.»


«”Tu me donnes un baiser, Saumensch ?
Il attendit encore un peu avec de l'eau jusqu'à la taille, avant de remonter sur la rive et de lui tendre le livre. Son pantalon lui collait à la peau. Il ne s'arrêta pas, mais continua à marcher. Pour moi, il avait peur. Rudy Steiner avait peur d'embrasser la voleuse de livres. Il en avait tellement envie. Il devait tellement aimer Liesel. Au point qu'il ne lui réclamerait plus jamais un baiser et qu'il mourrait sans avoir connu le gout de ses lèvres.»


« “Vous avez besoin d'un coup de main, Herr Hubermann ? Lança Rudy.
Non, merci, continuez à jouer, Herr Steiner.” Herr Steiner. Quel homme adorable que le papa de Liesel !
Une fois à l'intérieur, Liesel prévint Hans. Elle tenta de trouver un moyen terme entre silence et désespoir. “Papa.
Ne dis rien.
Les gens du parti”, chuchota-t-elle. Hans Hubermann se figea. Il résista à l'envie d'ouvrir la porte et de regarder dans la rue. “Ils cherchent des sous-sols pour faire des abris anti-aériens.”
Il la fit asseoir. “Petite maligne”, dit-il. Puis il appela Rosa.»


♥♥♥♥


Pour qui aime lire, ce titre fait saliver. Depuis le temps que je le voulais ! Enfin, il est dans mes mains... Au début je me suis dit, « bah ce sera facile à lire, sympa ». Après j'ai pensé, « un peu bizarre, marrant, et triste aussi ». A la fin je ne pensais plus, je pleurais.
On n'a pas besoin de savoir le résumé. Ce roman contient tout : amour, amitié, haine, livres, vie, mort, guerre, froid, rires, pleurs, cris....
La mort est la narratrice. Et elle s'amuse comme une petite folle ! Elle part puis revient sur ses pas. Elle raconte les événements d'un coup et puis quelques pages plus loin y revient, les détaille, les explique. Sûr que pendant la 2GM elle n'a pas dû chômer...
Je vous dirais comme d'habitude. Les personnages sont attachants, surtout l'héroïne. L'intrigue est malheureusement bien dense et tragique. Les vies quotidiennes sont là, la vie d'un quartier, la vie d'une petite fille qui ne comprend pas tout mais qui essaye pourtant... Un livre qui se lit facilement, une écriture simple, et juste.
Lisez, lisez, lisez.
PS. Oh ! J'viens de regarder le roman précédent... Après la 1GM, la 2ème... youhou, je les fais toutes ! -_-"



# Posté le mercredi 05 novembre 2008 17:06

Modifié le jeudi 21 mai 2009 11:20

•62•

•62•
La route, Cormac McCarthy ■


♥♥♥♥


«Assis en face d'elle de l'autre côté de la flamme de la lampe il lui avait dit : On est des survivants.
Des survivants ? dit-elle.
Oui.
Pour l'amour de Dieu qu'est-ce que tu racontes ? On n'est pas des survivants. On est des morts vivants dans un film d'horreur.
Je t'en supplie.
Ca m'est égal. Ca m'est égal que tu pleures. Ca ne signifie rien pour moi.
S'il te plaît.
Arrête.»


«Le petit était assis sur les marches quand il vit quelque chose bouger derrière la maison de l'autre côté de la route. Un visage qui le regardait. Un petit garçon, à peu près de son âge, enveloppé dans une veste de laine trop grande pour lui avec les manches retroussées. Il se leva. Il traversa la route et remonta l'allée en courant. Personne par là. Il regarda du côté de la maison puis il courut au fond de la cour à traver les herbes mortes et arriva devant un ruisseau noir stagnant. Reviens, criait-il. Je te ferai pas de mal. Il était en pleurs quand son père traversa la route au sprint et le saisit par le bras.
Qu'est-ce que tu fais ? siffla-t-il. Qu'est-ce que tu fais ?
Il y a un petit garçon, Papa. Il y a un petit garçon.»


«Tu crois qu'on va mourir, c'est ça ?
J'sais pas.
On ne va pas mourir.
D'accord.
Mais tu ne me crois pas.
J'sais pas.
Pourquoi tu crois qu'on va mourir ?
J'sais pas.
Arrête de dire j'sais pas.
D'accord.
Pourquoi tu crois qu'on va mourir ?
On n'a rien à manger.»


«Ils marchaient dans les rues, enveloppés dans les couvertures sales. Il tenait le revolver contre sa hanche et donnait la main au petit. A l'autre bout de la ville ils arrivèrent devant une maison isolée dans un champ et ils traversèrent et entrèrent et firent le tour des pièces. Ils se trouvèrent nez à nez avec leur propre reflet dans une glace et il faillit lever le revolver. C'est nous, Papa, souffla le petit. C'est nous.»


♥♥♥♥


"Un style dépouillé à l'extrême" dit le résumé. Ô que oui. J'ai pensé, en lisant, que je me lasserais de ce rythme lent, impersonnel, triste à mourir. Mais finalement je me suis laissée captivée. Par cette malheureuse histoire. Par cette odyssée perdue. Par ce père et ce fils. Marchant. Vers le Sud. Marchant. L'Apocalypse a eu lieu. Le monde n'est pas à la fête, la mort règle en maître, et l'horreur. Comment vivre ? Qu'est-ce vivre ? Et nous ? Je suis revenue avec quatre baguettes de pain. Je m'imaginais devant eux. Ils m'auraient vue, j'aurais eu l'air d'une étrangère, d'une utopie. Nous allons tout droit vers cela. C'est horrible. Bon. Je sais que cela n'est pas une critique. Tant pis. Je mets juste ce que je ressens. Et c'est le fouillis. C'est horrible. C'est horrible. C'est horrible. C'est horrible.

# Posté le lundi 17 novembre 2008 19:19

Modifié le vendredi 15 mai 2009 13:51

•63•

•63•
Terremer
Le Sorcier de Terremer
Les Tombeaux d'Atuan
L'Ultime Rivage
Tehanu
Contes de Terremer
Le Vent d'Ailleurs

de Ursula Le Guin ■


♥♥♥♥


«L'imagination, comme toute chose vivante, vit maintenant, et elle vit avec, sur, par le changement. A l'instar de tout ce qu'on fait et tout ce qu'on possède, on peut la coopter, la dégrader, mais elle se relèvera toujours d'une exploitation commerciale et didactique, comme la terre demeure malgré les empires qu'elle porte. Même si les conquérants laissent derrière eux des déserts à la place des forêts et des clairières, la pluie tombe, les fleuves coulent vers la mer. Les royaumes instables, fugitifs, mensongers des contes font partie de l'histoire et de la pensée humaines autant que les nations de nos atlas kaléidoscopiques; certains durent plus longtemps.
Il y a longtemps que nous habitons des royaumes réels et imaginaires. Mais nous ne ressentons plus ces lieux comme le faisaient nos parents, nos ancêtres. Les enchantements s'altèrent avec l'âge, avec les âges.»

Avant-propos d'Ursula Le Guin pour les Contes de Terremer. Parce que j'aime beaucoup ce qu'elle dit et que j'ai du rendre les romans à la bibliothèque :o.


♥♥♥♥


Un monde incroyable. Ursula Le Guin se révéle fantastique dans ce cycle. Magie, vie, dragons, et rois se montrent sous un jour différent. Une leçon de vie s'écoute à chaque page et l'amour se voit à chaque mot. Des romans lisibles, simples, aux tons chantants.
De la fantasy comme j'aime quoi ;).
Oui je sais, c'est louche je ne parle pas beaucoup. Mais je vous avouerai volontiers que j'ai dévoré les quatre premiers volumes les uns après les autres.... <3

# Posté le lundi 17 novembre 2008 19:45

Modifié le vendredi 15 mai 2009 13:51

•64•

•64•
Chaos calme, Sandro Veronesi


♥♥♥♥


«Pietro Palladini est immobile, Dans l'½il du cyclone.
Il ne sort plus de sa voiture, garée au bas de l'école de sa fille à Milan. Ce quadragénaire séduisant que la vie avait épargné vient de perdre sa femme, Lara. Il attend de souffrir, mais ce n'est pas si facile de ressentir la perte. Les amis et les anonymes viennent lui parler, l'étreindre, partager ce temps suspendu, ce " chaos calme " où il se réfugie désormais. Une jolie fille qui promène son chien, les collègues de travail à la veille d'une fusion financière sans précédent, un frère fumeur d'opium, une belle-s½ur qui se dénude en pleine crise de nerfs, une milliardaire érotisée, tous perdent à un moment leur calme, leur dignité, leurs masques.
Tous renoncent à la comédie sociale. Sur cette situation digne d'un Beckett loufoque. Sandre Veronesi construit un roman polyphonique, livre de la maturité, émouvant, ample, magistralement tissé : le mélange de l'intime dans ce qu'il a de plus vibrant et du réel dans ce qu'il a de plus dérangeant.
Résumé de la quatrième de couverture»


♥♥♥♥


Un roman dont le titre et l'image m'ont intrigué. L'ambiance semblait bleutée, sourde, difficile. Le résumé m'a encore plus surprise. Le héros ne me plaît pas trop. C'est plutôt ses réflexions, le style de l'auteur qui ne sont pas mal. On se plaît à se demander où cette situation va bien pouvoir aboutir. J'ai bien aimé la fin. En fait, j'ai bien aimé le début et la fin. Les rencontres avec les différents passants sont marrantes, mais ce deuil - qui se fait d'une façon bien originale - doit bien finir un jour.
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# Posté le samedi 22 novembre 2008 16:41

Modifié le dimanche 07 décembre 2008 08:21

•65•

•65•
Twilight - Tome 4
Révélation, Stephenie Meyer ■


♥♥♥♥


«- Ha ! s'était esclaffé Charlie (et j'avais sursauté). Ha ! Ha ! Ha !
Je l'avais contemplé avec incrédulité, tandis qu'il était secoué par le rire. Me tournant vers mon amoureux, j'avais constaté qu'il serrait les lèvres, comme si lui aussi tâchait de lutter contre l'hilarité.
- Très bien, s'était étranglé mon père, marie-toi si ça te chante. Mais...
Il s'était interrompu, en proie à une nouvelle salve de joie.
- Mais quoi ?
- C'est toi qui te charges d'avertir ta mère ! Ne compte pas sur moi pour en toucher un mot à Renée.
Sur ce, il s'était tordu de rire.»


«Il frémit. Son souffle se fit plus heurté.
- J'ai promis d'essayer, chuchota-t-il, soudain tendu. Si... si je fais quelque chose de mal, si je te blesse, tu dois aussitôt m'avertir.
J'opinai avec solennité sans cesser de le fixer dans les yeux. J'avançai d'un pas afin d'appuyer ma tête sur son torse.
- N'aie pas peur, murmurai-je. Nous sommes faits l'un pour l'autre.
Tout à coup je fus submergée par la véracité de ce que je venais de dire. L'instant était si parfait, si juste qu'il était impossible d'en douter.
Ses bras se refermèrent autour de moi, me pressant contre lui, été et hiver. J'eus l'impression que chacun des nerfs de mon corps était un fil électrique.
- A jamais, renchérit-il.
Alors, il nous entraîna en douceur vers les profondeurs.»


«Ce fut Edward. L'expression de ses traits.
Je l'avais vu en colère, je l'avais connu arrogant et, un jour, j'avais été témoin de sa souffrance. Mais cela... cela était au-delà de la souffrance. Ses prunelles en étaient à moitié folles. Il ne releva pas la tête pour me toiser. Il baissa les yeux sur le divan, l'air d'un martyr au bûcher. Ses mains étaient des griffes rigides le long de ses flancs. Je ne pus me réjouir de son angoisse. Je ne pus que penser à ce qui la provoquait et, à mon tour, je regardai le canapé.»


«- Imbécile de blonde ! Bougonnai-je.
Rosalie tourna lentement la tête, les yeux étincellants.
- Tu m'as mis de la nourriture dans les cheveux, dit-elle en détachant chaque mot.
Ce fut trop. Je craquai. M'écartant de Bella pour ne pas la déranger, je m'esclaffai au point d'en pleurer. Derrière le canapé, le rire argentin d'Alice se joignit au mien. J'ignore pourquoi Rosalie ne passa pas à l'attaque. C'était ce que j'attendais. Puis je me rendis compte que mon hilarité avait tiré Bella du sommeil, alors qu'elle avait à peine bronché au moment du vacarme.
- Qu'y a-t-il de si drôle ? Marmonna-t-elle.
- Je l'ai bombardé de nourriture, haletai-je, plié en deux.
- Je saurai m'en souvenir, clébard ! Siffla Rosalie.
- Bah ! Il n'est pas difficile d'effacer la mémoire d'une blonde. Il suffit de lui souffler dans les oreilles.
- Trouve de meilleures blagues !
- Allons, Jake, laisse Rosalie tranq...»


«Du premier étage nous parvint un nouveau son. Le seul susceptible de me toucher en cet instant infini.
Un battement frénétique et précipité...
Un coeur en mutation.»


♥♥♥♥


J'ai vu, à travers témoignages, forums et blogs, que beaucoup avaient été surpris et l'avaient peu apprécié. Je l'ai lu voici un mois, et je me décide enfin à poser ma critique.
J'ai adoré ce dernier tome =).
Je trouve que c'est une vraie suite, il n'y a pas de discontinuité, et on se laisse vite envahir par l'atmosphère de Forks et de ses habitants. Que de bonheur de les revoir ! Et que de révélations ! On va de stupéfaction en stupéfaction. Quand on y pense, ça fait trop mais quand on lit, on est pris dans le flux et tout coule de source... Jacob est toujours aussi marrant, et je suis arrivée à plus l'apprécier (avant c'était ambigu ;)). Il fait des choix lui aussi, il arrive se réfréner, il apprend à comprendre les autres. Lui comme tous est pris dans un destin qui le dépasse... Edward est égal à lui-même, c'est le dieu Apollon qu'on ne peut qu'idolâtrer (non je rigole xD). Quant à Bella... Tellement humaine... même quand.... biip ^^. Qu'est-ce qu'elle est chiante ! (Tout le monde se l'accorde à dire) mais qu'est-ce que je trouve que je la comprend !Aurions-nous fait mieux à sa place ? Aurions-nous pu ?
On gravite autour des héros, on reste centré dans un lieu. Quand on y pense, sur plus de 700 pages l'action est réduite... à rien. Après coup ça fait bizarre mais cette série n'est pas une série de «combat », elle est plus axée sur les sentiments, les désarrois des personnages... Par rapport à la fin, c'est selon. C'est vrai que cela me fait penser à Hp parce que finalement all was right. Mais contrairement à Hp (oui je sais je vais être méchante et partiale mais j'm'en fiche !) je suis contente que tout se passe bien pour eux... Je les aime bien moi.
Je suis contente également que la série soit enfin finie... ouf on n'aura plus à stresser un an pour attendre la suite ! Et avec l'arrivée imminente du film et peut-être de son succès (...) j'avais peur que les hordes de fans s'agglutinent autour de l'auteur, le dérangent et déforment son travail >.<. Zut, c'est son bouquin et elle en fait ce qu'elle veut après tout ! (même si ça m'énerve pour le film... grr ^^).

# Posté le samedi 22 novembre 2008 16:42

Modifié le vendredi 15 mai 2009 13:50

•66•

•66•
Cathy's Book, Stewart / Weisman / Brigg ■


♥♥♥♥


«Victor
- Les ailes sont ratées.
J'ai levé la tête. Un crétin plutôt bien de sa personne était en train de mater mon dessin par-dessus mon épaule.
- Casse-toi, ai-je rétorqué.
- Par contre, je trouve la tête assez réussie.
- Ravie de l'apprendre. Maintenant, dégage.
- Je m'appelle Victor Chan, a-t-il enchaîné en me tendant la main.»


«Nouvelle théorie à propos de mon bras
VICTOR EST UN VAMPIRE !!!!! Je vois très bien ce fumier en train de se glisser dans MON LIT DOUILLET
pour ME SUCER LE SANG grâce à un minuscule croc dissimulé
au bout de sa LANGUE !!!!!!!
Berk. Je crois que je vais vomir.»


«Ignorant ma remarque, il a feuilleté le carnet jusqu'à ce qu'il tombe sur un portrait de Victor. Je l'avais représenté à l'âge de 55 ou 60 ans. Le Général l'a examiné d'un air estomaqué, puis a lentement relâché son souffle.
- Oui, bien sûr. Il fallait s'y attendre. (Il m'a jeté un coup d'oeil.) Est-ce que c'est l'homme qui portait le jade ?
- Rendez-moi mon carnet.
- Est-ce que c'est lui ?»


«Cathy,
C'est moi la ringarde. C'est toi la rebelle.
Je suis obsédée par les études. Tu veux t'éclater dans la vie.
Le plus drôle, c'est que tu le crois vraiment.
OK, Cathy, allons-y pour une leçon de vie.
Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, les jeunes et jolies artistes qui plaquent leurs études ont parfois du mal à se débrouiller financièrement dans le monde d'aujourd'hui.
Tu as raison, l'ITM n'est pas donné à tout le monde.
Exemple : on devait rendre notre projet de biologie hier, seulement tu n'as pas fait ta part de boulot, je me trompe ? Du coup ma moyenne va chuter, et je ne pourrai sans doute pas m'inscrire à l'ITM Merci de ton aide, j'ai de la chance d'avoir une amie comme toi.
C'est à force d'écouter le Top Ten des ados à la radio que tu as acquis cette philosophie pop de l'existence ? Tu imagines que « You gotta fight for your right to paaaaaar-tyyyyyy ! », ça mène à l'indépendance ?
L'indépendance, Cathy, ce n'est pas une ATTITUDE. C'est une REALITE. Pouvoir régler les mensualités de sa voiture. Ne pas être obligée de rester avec un garçon qui te tabasse, tout ça parce que tu n'as pas les moyens de te payer un loyer.
Est-ce que c'est moi qui suis à côté de la plaque, Cathy ?
Voilà 8 mois que je te pousse à suivre les cours, que je t'aide en maths + en anglais pour passer ton examen d'entrée à Berkeley, et j'ai l'impression que ton Projet de Vie c'est « Dénicher un copain capable d'entretenir une charmante artiste ». Tu es sûre que ton père aurait approuvé ?
Peut-être que oui, après tout. Peut-être que c'est moi qui ai tort. Finalement, harceler un trafiquant de drogue dans l'espoir qu'il te reprendra, c'est sans doute une stratégie rentable à long terme ! Sûrement un meilleure apprentissage de la vraie vie que perdre son temps à rédiger un stupide devoir de biologie.
Mais ne compte pas sur moi pour t'aider dans ce domaine.
Emma (l'intello asiatique croqueuse de diplômes)»


♥♥♥♥


Totalement renversant ! Wahou ! Allez sur www.cathysbook.fr et après, si vous n'avez pas envie de vous l'offrir... Et MERCI à Claire !! Parce que (ouh c'est la honte) j'avais oublié ce bouquin... En fait comme c'est un cadeau j'ai pas le droit de le lire (hem hem) mais j'ai pas pu m'en empêcher... Merci merci de me l'avoir conseillé... Il fera le bonheur d'une autre *sanglots* xD.
Cathy nous donne la pêche et nous fait bien rigoler. Tout paraît possible avec elle, et plausible. Ce journal est un recueil avec tout plein de choses à farfouiller, les numéros de téléphones sont vrais ! On mène l'enquête avec elle (bon moi j'ai rien compris, je me suis contentée de lire xD). Fait pour les jeunes, il plaît tout autant pour les « vieux ». On est de tout c½ur avec Cathy qui nous paraît si proche, qui est nous, ou notre amie... =)
L'aspect du journal y est pour beaucoup, les multiples graffitis, les indices entreposés à côté, les dessins, ... donnent une « âme » à ce roman qui paraît... oui, qui paraît vrai.

Désolé d'avoir copié la lettre en entier (oui ça fait long) mais j'adore ce passage !!

# Posté le mardi 16 décembre 2008 09:44

Modifié le vendredi 15 mai 2009 13:50

•67•

•67•
Noces indiennes, Sharon Maas ■


♥♥♥♥


«- Et on aura des tas d'enfants, hein ? Reprit David. Et voilà...
Il passa la main par la fenêtre et, délicatement, attira si près son visage qu'il lui écrasa les joues sur les barreaux. Puis il se pencha et déposa un baiser sur ses lèvres stupéfaites en répétant :
- Voilà. Maintenant on est fiancés, je te donnerai une bague dès que je le pourrai et ils ne nous empêcheront plus de jouer ensemble. Plus jamais. Je te le promets, Savitri. Je vais m'en occuper. Je suis le jeune maître et j'ai le droit de faire tout ce qui me plaît.»


«Mais il y avait une Saroj extérieure et une Saroj intérieure. La Saroj extérieure, façonnée par Baba, était docile, soumise, polie, douce, distante, fière, une figurine en papier représentant une jeune fille indienne qui marchait, bougeait, respirait, écoutait, parlait quand on lui adressait la parole et faisait ce qu'on lui disait de faire. Sous ce masque se cachait la vraie Saroj, la Saroj intérieure. Derrière la fumée dégagée par celle-que-les-gens-croyaient-qu'elle-était brûlait le feu de son moi véritable, qui se tortillait, se débattait, se bagarrait obstinément pour se libérer. Mais personne n'aurait pu s'en douter, du moins avant ce treizième anniversaire, qui avait tout changé. La Saroj intérieure devait vivre. La Saroj extérieure devait mourir. Cela du moins était clair. Mais comment ?»


«Quand il ôta le pansement de Gauri Ma, Nat trouva la plaie parfaitement guérie. La nouvelle s'en répandit et, bientôt, le bruit courut que Nat avait une Main d'or pour guérir. Depuis quelques temps, il aidait de plus en plus son père dans son travail, mais désormais les gens du village voulurent qu'il les touche, qu'il leur donne des remèdes, qu'il pose la main sur la tête de leurs enfants, parce qu'ils avaient remarqué que lorsqu'il le faisait, les blessures cicatrisaient plus vite, que les infections cédaient plus rapidement et que Nat leur portait chance.»


♥♥♥♥


Un roman sur l'Inde. Un roman sur les Indiens... Automatiquement je prends xD.
Je ne suis pas déçue. Sharon Maas a su mêler intrigue & culture indienne. Il y a trois intrigues qui s'entremêlent, et au bout du compte, qui se demêlent avec grand brio. L'épilogue est un brin enfantin, je n'ai pas trop aimé, mais bon, tant mieux après tout. Un bon point ici. Par contre j'ai comme un léger doute, peut-être avec ses autres romans va-t-elle se contenter d'imiter... de faire encore intrigue romanesque & culture indienne... Un peu comme Tracy Chevalier... Je ne sais pas. En tout cas, un bon roman que voilà pour tous ceux qui aiment l'Inde et son exotisme ;).
(mon commentaire est naze... désolé :o).

Roman foisonnant, vibrant de violence et d'amour, Noces indiennes mêle, avec un brio époustouflant, le récit de trois destins exceptionnels qui finissent par se rencontrer au-delà des époques, des continents et des races.
Note de l'éditeur.

# Posté le mercredi 10 décembre 2008 12:59

Modifié le lundi 22 décembre 2008 11:02

•68•

•68•
Danse, danse, danse, Haruki Murakami ■


♥♥♥♥


«Je rêve souvent de l'hôtel du Dauphin.»


«Après la scène où elle apparaissait, je quittais le cinéma et me promenais sans but dans les rues, toujours selon le même parcours. De Shinjuku au stade de base-ball, puis le cimetière d'Aoyama, l'immeuble de Jintan, et Shibuya. Je m'arrêtai de temps en temps en route pour boire un café et faire une pause. Sur terre, le printemps était arrivé, répandant dans l'air son parfum nostalgique. La Terre continuait patiemment et scrupuleusement ses révolutions autour du Soleil. Les mystères de l'univers... Chaque fois que l'hiver se terminait et que le printemps arrivait, je songeais aux mystères de l'univers. Pourquoi le printemps a-t-il toujours le même parfum ? Chaque année, sans coup férir, à chaque renouveau de la nature, cette odeur était là, impalpable, délicate, mais toujours exactement semblable.»


«Comme j'avais sommeil, je rinçai mon verre, me lavai les dents et allai me coucher. Je m'éveillai le lendemain matin. Les jours passaient trop vite. On était déjà en avril. Début avril. Ces délicates journées de début avril, changeantes, sensibles, et si belles, comme des phrases de Truman Capote. J'achetai à nouveau les légumes dressés à conserver leur fraîcheur de chez Kinokuniya, une douzaine de boîtes de bière et trois bouteilles de vin en promotion. J'achetai aussi du café en grains. Et du saumon fumé pour me faire des sandwichs. Ainsi que de la pâte de soja et du tofu. »


♥♥♥♥


Je suis une grande flemmarde. Mais des fois c'est dur d'expliquer ce qu'on ne comprend pas. Avec les romans de Murakami, à chaque fin, je me sens bizarre, silencieuse, étrange. Et à chaque fois, je veux en lire un autre, tout en voulant relire le précédent (phrase incompréhensible, mais c'est pas grave ! Je me comprend ^^)
Petite précision : c'est le même héros que La course au mouton sauvage. On peut voir ça comme une suite.

# Posté le mardi 16 décembre 2008 09:27

Modifié le vendredi 15 mai 2009 13:49