Vos désirs sont désordres, Mako Yoshikawa
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«Sans parler du danger que constitue la présence d'Eric dans la pièce voisine, Phillip se trouve directement dans le champ de vision qu'on a de la fenêtre d'en face et peut-être même de la rue.
Il paraît plus dense et plus net qu'il ne l'a été depuis longtemps. Ces derniers temps, quand il était placé sous certains angles, je voyais la lumière luire au travers de son corps, mais aujourd'hui il est opaque, tous ses traits sont bien définis, malgré le soleil qui l'inonde par-derrière. Il est inexpressif, comme toujours, et me regarde avec attention.»
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«Quand décembre viendra, lorsque l'air sera coupant et lumineux, ma grand-mère et moi seront devenues de vieilles amies. Je lui prêterai mon écharpe la plus chaude, et nous traverserons Central Park dans sa largeur, bras dessus bras dessous, comme deux écolières.
Obaasama, dirai-je (sans bafouiller désormais, car ce mot coulera comme du beurre sur ma langue), comment as-tu fait pour survivre sans avoir appris à oublier ?»
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«Les étrangers trouvent Eric charmant, sans aucun doute, mais un peu intimidant aussi, car il possède une autorité naturelle faisant que tout le monde se précipite pour le satisfaire. Il est terrifiant quand il se met en colère, et j'ai de la chance que nous ne soyons jamais disputés sérieusement, car je ne serais pas de taille à affronter sa fureur. Ce n'est pas tellement ce qu'il dit, mais plutôt son ton ou peut-être même son attitude.»
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«Tandis que je retourne vers la maison en claudiquant, un petit blondinet qui joue avec un camion lève la tête et, en me voyant sourire, il me considère avec les yeux défaillants d'amour d'un jeune chiot, puis abandonnant son camion, il m'emboîte le pas en trottinant. "Tommy, reviens", lance une grosse Noire d'une voix suprêmement lasse, et il s'arrête, comme ligoté par cet appel mais sans me quitter du regard. Les enfants me suivent tout le temps, même quand je ne fais que leur sourire. Phillip disait que je devais être une descendante d'Hans le joueur de flûte. »
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«- Il m'a semblé voir quelque chose s'allumer dans tes yeux, une sorte de... de reconnaissance souterraine.
- Tiens. Que voilà une expression intéressante, dis-je, mais à peine eus-je parlé que j'eus envie de me donner des coups pour avoir pris un air aussi condescendant. Je tâchai alors fort maladroitement de me rattraper. C'est à dire que j'aurais bien aimé avoir senti cette reconnaissance souterraine quand on nous a présentés, mais je ne crois pas que c'était le cas.
- On a joué ensemble à la marelle.»
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«Elle adorait mon père et rêvait d'être médecin, mais c'est avec le piano que ma mère a connu sa seule histoire d'amour réussie. Quand elle jouait, elle pouvait se laisser aller, et bien qu'elle préférât Chopin et Bach au tumultueux Beethoven, le piano lui fournissait un exutoire à des émotions rarement extériorées. Souvent, quand elle jouait, ses joues s'empourpraient, elle se mordait la lèvre inférieure et on avait l'impression qu'elle frappait les touches avec plus de violence qu'il ne fallait. Après le départ de mon père, elle se mit à jouer plus que jamais.»
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J'ai pris ce roman sans le chercher. Désemparé de ne pas trouver l'auteur que je cherchais (Tom Wolfe par ailleurs) j'ai pris par hasard ce roman. Lisant à la va-vite le résumé je me suis dit "une histoire d'amour". Voyant la couverture (des draps défaits) j'ai dit à mon amie "une histoire de cul, encore". Qu'importe, j'ai emprunté. J'aime emprunter des romans sans savoir pourquoi (vive le principe de la bibliothèque ! lol). Quelle surprise en commencant ma lecture ! Je me suis sentie doucement envoûtée, prise dans le flot de pensées, de vie de cette jeune américaine. Pauvre Kiki, amoureuse d'un fantôme, mais devant poursuivre sa vie. Pauvre Kiki, qui veut repartir en arrière alors que c'est impossible. Tous ces retours en arrière qu'elle fait ne font que la pousser toujours plus en avant. A travers elle parle trois générations de femmes. L'histoire de Kiki bien sûr, qui mène tout le roman, qui est l'intrigue principale. L'histoire de sa mère et l'histoire de sa grand-mère, ancienne geisha. Kiki qui ne l'a jamais vue s'attache à son image, cherche des solutions à travers son personnages, lui pose des questions, questions qui ponctuent le roman d'une façon régulière. L'écriture de Mako Yoshikawa est fluide et simple. Les éléments les plus banals de la vie de Kiki sont contés, avec une telle poèsie, une telle douceur... un tel nature que je les ai aimés.
Je n'ai été lassée à aucun moment, je ne regrette pas d'avoir pris ce roman.
Pour tous ceux qui veulent tourner la page, ce n'est jamais facile.
Un bijou.
(je n'aime pas cette couverture trouvée sur google images, j'en suis désolée. mon scanner ne marche pas, il faudra vous en contenter. la couverture n'en dit jamais assez long sur un roman. le résumé non plus. (les critiques non plus, hihi) donc, ne vous fiez jamais à...)