•49•

•49•
Smilla et l'amour de la neige, Peter Høeg


♥♥♥♥


«Le corps d'Esajas est recouvert d'un drap blanc. On y a déposé un bouquet de fleurs, comme pour donner raison à la plante verte. Bien qu'il soit entièrement enveloppé dans son drap blanc, on le reconnaît à son petit corps et à sa grosse tête. Les phrénologues français ont rencontré de sérieuses difficultés au Groenland. Selon eux, il existait une corrélation directe entre l'intelligence humaine et la taille du crâne. Or, chez les Groenlandais, qu'ils considéraient comme une race intermédiaire entre le singe et l'homme, ils ont mesuré les plus grands crânes de la planète.»


«Je dirais plutôt que ma mère eut des enfants, mon petit frère et moi. Etranger à la scène, simple figurant, incapable de jouer aucun rôle, dangereux comme un ours blanc, otage d'un pays qu'il détestait, enchaîné comme une proie à un amour qu'il ne comprenait pas et contre lequel il se sentait impuissant; tel était mon père, l'homme aux seringues et au geste infaillible, le golfeur Moritz Jaspersen.»


«- Dans un petit pays comme le nôtre, vous représentez un élément sensible, mademoiselle Jaspersen. Vous avez vu et entendu beaucoup de choses. A l'instar des personnes autorisées à pénétrer dans les territoires du Groenland septentrional. Dans une autre partie du royaume, avec un passé et un tempérament comme les vôtres, vous n'auriez pas eu le loisir de voir et d'entendre quoi que ce soit.»


«Autour du Kronos, le fjord constitué de courants locaux - qui ne sont que partiellement expliqués et étudiés - est encombré de floes, hikuaq et puktaaq. Les plus dangereux sont les fragments de glace pure, bleus et noirs, qui dérivent en profondeur et qui prennent la couleur de l'eau par transparence.
Il est plus facile de voir la glace blanche des glaciers et la glace de mer grisâtre, toutes deux colorées par des particules d'air.
La surface des floes est un désert de ivuniq, des blocs compressés par le courant et la collision avec d'autres floes, de maniilaq ou hummocks, et de apuhiniq, murs de neige comprimée par le vent.
C'est ce même vent qui a comprimé les agiuppiniq contre la glace, ils servent de repères au traîneau lorsque le brouillard recouvre la glace.»


«- Smilla, chuchote-t-il, quand j'étais un petit garçon, j'avais un tank à chenilles. Si quelque chose lui barrait le chemin, il grimpait par-dessus. Si l'obstacle était trop haut, il cherchait à le contourner ou à passer d'une autre façon. On ne pouvait pas l'arrêter. Tu es comme ce tank, Smilla. Tu devais te tenir à l'écart de tout ça, et tu n'as pas cessé d'y mettre ton nez. Tu aurais dû rester à Copenhague et te voilà à bord. On t'enferme - c'était mon idée, c'est ce qu'il y a de plus sûr pour toi - et te revoilà dehors. Tu réapparais tout le temps, Smilla. Tu es exactement comme ce tank.»


♥♥♥♥


"Smilla Jaspersen nous entraîne irrésistiblement dans son univers insolite et poétique, et s'impose comme l'une des créations romanesques les plus originales, les plus attachantes de ces dernières années." (note de l'éditeur) Il y a de l'exagération. Ce roman est long, dur, et Smilla peut facilement se faire détester par le narrateur. Elle paraît être toute en glace, dure et froide à la fois. Pourtant dans cette enquête où les cultures groenlandaise et danoise s'entremêlent, Smilla m'a captivé et m'a révélé véritablement un autre pays, une vie, des gens, des cultures que je ne connaissais pas. A la recherche de la vérité pour un petit garçon, dans un monde où argent et pouvoir sont malheureusement présents, Smilla semble bien seule mais sa ténacité fait des miracles. Ce roman est une grande découverte que j'ai lu avec grand plaisir. Je le recommande fortement. Je ne sais plus comment je l'ai trouvé... si je l'ai déniché seule ou si une blogueuse me l'a conseillé. En tout cas, merci =).

# Posté le samedi 26 juillet 2008 10:16

Modifié le jeudi 21 mai 2009 11:27

•50•

•50•
L'Epée de Vérité - Tome 4
Le temple des vents , Terry Goodkind


♥♥♥♥


«- Le pardon de l'être aimé est la seule chose qui compte dans la vie. L'unique remède aux blessures de l'âme et du corps...
mais je ne pardonnerai jamais à quelqu'un qui s'attaque à Richard.»


«- ...Elle commence ainsi : L'incendie viendra avec la lune rouge.
- Comment la magie pourrait-elle provoquer une épidémie de peste ? insista Drefan.
- Je n'en sais rien, avoua Richard.
Il n'eut pas la force de prononcer à haute voix la suite de la prédiction.
"Celui qui lié à l'épée verra mourir les siens. S'il n'agit pas, ceux qu'il aime périront avec lui dans la fournaise, car aucune lame, qu'elle soit en acier ou née de la magie, ne peut blesser cet ennemi-là."
Sentant Kahlan trembler dans ses bras, il devina qu'elle se récitait mentalement la dernière partie du texte.
"Pour éteindre l'incendie, il devra trouver un remède dans le vent. Mais sur ce chemin, la foudre le frappera, car sa bien-aimée le trahira dans son sang."»


«Sa tête émergeant du puits, la sliph dévisageait intensément Kahlan. Dès qu'on voyait ses traits, on ne se demandait plus pourquoi Kolo en parlait au féminin. La sliph avait tout d'une magnifique statue. N'était qu'elle bougeait avec une fluidité étrangement gracieuse.
Une main sur son coeur, qui battait la chamade, l'Inquisitrice s'accorda le temps de reprendre son souffle. La sliph ne la quitta pas des yeux, comme si elle attendait la suite.
Dans son récit, Kolo mentionnait souvent qu'elle le regardait.
- Sliph..., souffla Kahlan, pourquoi es-tu réveillée ?
Le front de vif-argent se plissa de perplexité.
- Veux-tu voyager ? demanda la créature.»


«Le front reposant sur ses paumes, Richard se passa les doigts dans les cheveux. Quand elle entra dans le bureau, il releva les yeux et fut comme toujours émerveillé par la beauté de Kahlan. Ses magnifiques yeux verts, ses longs cheveux, son sourire si doux...
Dire que cette femme l'aimait ! Et il en éprouvait une sensation de... sécurité... qu'il n'aurait pas crue possible. S'il avait toujours rêvé d'être amoureux, la paix et la sérénité que cela lui valait dépassaient ses espoirs les plus fous.»


♥♥♥♥


Cela faisait bien deux ans que je n'avais pas lu la suite de l'Epée de Vérité. C'est avec un grand plaisir que je l'ai reçu (merci !!! Et désolé d'avoir pris du temps pour le commencer... bac bac ^^) et c'est avec curiosité que je l'ai ouvert (un pavé, comme les trois premiers... mmm !). Je ne me souvenais plus trop de l'histoire (les grandes lignes quoi), je me demandais si j'arriverais à suivre les aventures de Richard & de Kahlan. Et OUI ! Dès le premier chapitre j'ai été captivée et à 2h du matin j'y étais encore (bon, ok, je m'y suis prise tard ^^). J'ai essayé de le faire durer... chapitre par chapitre... mais c'était très dur. Bref. J'ai adoré. Et je veux relire le premier, et la suite =). Une pure saga de fantasy, un monde totalement différent, des héros charismatiques, des personnages attachants, des histoires prenantes... ok, ça met du temps à se dérouler car ils parlent beaucoup. Mais j'aime bien. J'aime leurs introspections respectives, leurs peurs, leurs défaites,... Ils sont des héros, oui. Ils sont des Hommes, oui.
(Je vous conseille tout de même de commencer par le premier tome : La premier leçon du sorcier)

# Posté le mercredi 06 août 2008 12:26

Modifié le jeudi 21 mai 2009 11:26

•51•

•51•
Belle du Seigneur, Albert Cohen


♥♥♥♥


«Alors, je vous le demande, quelle importance accorder à un sentiment qui dépend d'une demi-douzaine d'osselets dont les plus longs mesurent à peine deux centimètres ? Quoi, je blasphème ? Juliette aurait-elle aimé Roméo si Roméo quatre incisives manquantes, un grand trou noir au milieu ? Non ! Et pourtant il aurait eu exactement la même âme, les mêmes qualités morales ! Alors pourquoi me serinent-elles que ce qui importe c'est l'âme et les qualités morales ?»


«Sortie de sa torpeur de fusion, elle leva vers lui des yeux de douce chienne, vers lui merveilleusement grand, adora les belles dents au-dessus d'elle. Dites quelque chose d'extraordinaire, demanda-t-il. Nous deux, dit-elle, perdue dans les incisives et les canines. Dites encore, demanda-t-il. J'ai les yeux frits, sourit-elle, et elle se serra contre l'inconnu. Et voilà que tout à coup le concierge téléphone pour demander si la belle Indienne peut monter. Alors moi, coup de Trafalgar, je ne fais ni une ni deux, je lui propose d'aller au Palais et de lui préparer illico un résumé du mémo britannique, le mémo, tu sais, je t'en ai parlé, le gros pavé que j'ai pas eu le temps de liquider, vu le surcroît de travail, il me dit que non, qu'il veut pas me forcer à retourner au Palais, que je peux rester, enfin par politesse, tu comprends, alors moi je lui dis carrément je me permettrai de vous désobéir, monsieur. Ca a eu l'air de lui plaire, ma repartie.»


«Marche triomphale, marche aux côtés d'un seigneur plus grand qu'elle. Face grave et cheveux auréolés, ivre de santé et de beau temps, ensoleillée et pourvue de toutes hormones de jeunesse, sa main dans la main de son seigneur, elle allait à longue allure, belle de son seigneur, robe secouée et s'envolant en deux ailes battantes. Le bruit de sa robe secouée par la marche était le claquement d'un voilier cinglant vers une île extraordinaire, et l'amour était le vent qui gonflait les voiles. Le bruit de sa robe était exaltant, le vent sur son visage était exaltant, le vent sur son visage haut tenu.»


«L'appel, oui. Il fallait aller à l'amour. Sa créancière le convoquait, le sommait de lui donner du bonheur. Allons, prouve-moi que j'ai bien fait d'avoir choisi cette vie de solitude avec toi, lui disait-elle par le truchement du Vous qui savez ce qu'est Amour. Vingt-six novembre, aujourd'hui. Trois mois déjà qu'ils avaient quitté Genève, trois mois d'amour chimiquement pur. Agay d'abord, puis Venise, Florence, Pise, puis Agay de nouveau, depuis une semaine. Si elle s'apercevait qu'on était le vingt-six novembre, danger de commémoration du vingt-six août par épanchements poétiques et coït superfin.»


♥♥♥♥


Je le sentais, je le sentais dès le début que cela ne pourrait durer ! Trop de bonheur = pas assez. Je suis encore sous le joug de la lecture, les 1010 pages avalées. J'essaye toujours de profiter avec de gros livres comme cela mais je ne peux pas. Je me vois sans cesse galoper.
Albert Cohen a une écriture enchanteresque, il manie les mots avec superbe, les harmonisant, les ordonnant, nous émerveillant. On a l'impression de vivre une histoire d'amour au-delà du commun. Ce qui est faux car ce ne sont que des mots. Solal et Arianne en sont bien attrapés, mais ne veulent pas s'en rendre compte, dépassent la limite, s'acharnent à poursuivre la passion... un massacre.
J'aime qu'il y ait différents narrateurs, j'aime le langage bizarre et fascinant des oncles Solal, j'aime les personnages mineurs, les inintéressants que j'aime et que je plains. J'aime le flot de pensées qui déferlent pendant deux, quatre, six pages. Sans point ni rien, ça en fait mal à la tête. Exactement comme des pensées - mespensées en tout cas. Un peu lourd à force, c'est vrai.
C'est un énorme roman à savourer - ce que je n'ai pas fait - et à apprécier. Magie des mots ! Douloureuse chute ! La perfection n'est à atteindre en aucun cas, ce n'est jamais de la perfection. Merci.

# Posté le mardi 02 septembre 2008 14:21

Modifié le jeudi 21 mai 2009 11:26

•52•

•52•
Si jamais..., Meg Rosoff


♥♥♥♥


«Bon sang ! songea David. Deux secondes de plus, et il était mort. Mon frère serait mort, mais ce serait moi qui serais dévasté, écrasé, ratatiné par la culpabilité, par la faute, par tous les gens murmurant partout jusqu'à la fin de mes jours : "c'est le gars qui a tué son frère."
Deux secondes. Rien que deux. C'était tout ce qui séparait un quotidien banal de l'absolue tragédie.»


«Sa mère leva la tête du linge propre qu'elle était en train de plier et lui sourit.
- Comment s'est passée cette rentrée, chéri ?
- Un enfer.
- Et les cours ?
- Une torture.
- Tes copains ?
- Des ordures.
Sa mère le dévisagea, soucieuse.
- Tu n'as pas d'ennuis, n'est-ce pas, David ?»


«- C'est étrange... quel rapport avec ce nouveau nom ? ajouta-t-il après un instant de réflexion.
- Il fait partie de mon déguisement.
- Pardon ?
- Je me déguise pour tromper la fatalité. Je me cache.
- Tu te caches ?
- Oui.
- De la destinée ?
Justin acquiesça.
- La vache ! marmonna Peter en clignant des yeux. Tu es sérieux, là ?»


«Je ne passe pas de marchés, Justin. Et c'est moi qui distribue les cartes.
Voici les tiennes : deux coeurs sans importance. Un joker. Un petit trèfle minable.
Pioche !
Oh ! L'as de pique !
Je suis vraiment désolé.
»


♥♥♥♥


Black Moon est une collection innovée depuis peu avec la fameuse saga de Stephenie Meyer. Prêté par une amie, je suis tombée une nouvelle fois sous le charme de la couverture. Visage d'albâtre, énigmatique, une dose de mystère, d'irréel et de tristesse. Certaines couv' m'inspirent, que voulez-vous.
En tout cas je me plais à imaginer ce jeune homme comme le héros du roman : Justin. Justin perdu, Justin seul, Justin apeuré mais pourtant combatif. Justin qui court, pour échapper. Echapper au Destin, à la Fatalité. Oui, rien que ça.
Surprenant roman. L'imaginaire se mêle sans problème à la réalité et il faut accepter que les barrières restent largement ouvertes. Ce roman donne envie de rire (d'un rire pas si joyeux) - même si l'ambiance ne s'y prête pas - tellement les situations sont rocambolesques. Il faut suivre le rythme, ne pas s'en laisser compter.
On ne regrette pas.
Justin est attachant. Il donne envie de courir avec lui. Chacun de ces personnages d'ailleurs sont attachants. Meg Rosoff a réussi à si bien les décrire qu'ils en sont devenus particuliers. C'est bien eux qui portent le roman.
A aimer ou à ne pas apprécier.
Pendant une nuit, je n'ai pas pu décroché.

# Posté le jeudi 04 septembre 2008 13:35

Modifié le jeudi 21 mai 2009 11:26

•53•

•53•
Lady Susan, Jane Austen


♥♥♥♥


«Mais j'étais résolue d'être sage, de garder en mémoire que mon veuvage ne datait que de quatre mois, de me tenir tranquille dans toute la mesure du possible - et c'est ce que j'ai fait. Ma chère enfant, je n'ai admis d'autres attentions que celles de Manwaring. J'ai évité absolument de me montrer coquette avec tous. Je n'ai distingué personne en dehors de lui dans la foule de ceux qui se pressaient ici, à l'exception de Sir James Martin à qui j'ai témoigné un peu d'intérêt afin de le détacher de Mlle Manwaring.»


«Je vous félicite, M. Vernon et vous, d'être sur le point de recevoir en votre famille la coquette la plus achevée d'Angleterre. Une remarquable hardiesse avec l'autre sexe est ce qu'on m'a toujours appris à lui reconnaître. Mais j'ai eu dernièrement l'occasion d'entendre parler de certains détails de sa conduite à Langford qui prouvent qu'elle ne se borne pas à la sorte d'effrontement tranquille qui suffit à la plupart, mais aspire au plaisir plus délicat de plonger toute une famille dans la détresse.»


♥♥♥♥


Ces temps-ci, Jane Austen est redécouverte par la "jeunesse" avec Orgueil & Préjugé. Récemment, j'ai lu ce petit ouvrage épistolaire au charme (d)étonnant. Lady Susan n'est pas n'importe qui, on peut le voir dès les premières pages, dès la première lettre. Lady Susan fait parler d'elle, aime faire parler d'elle et n'aime pas qu'on ne parle pas d'elle. C'est le personnage central du roman, qu'on l'aime ou pas. Sans elle l'intrigue se perd, elle tire toutes les ficelles.
Jane Austen réalise un petit bijou à la langue pure et parfaite qu'on lit avec grand plaisir. On savoure le plaisir des mots et des belles phrases et la forme épistolaire n'est absolument pas un chemin de croix. Jane Austen se révèle une fois de plus indémodable, indétrônable.

# Posté le jeudi 04 septembre 2008 13:36

Modifié le jeudi 21 mai 2009 11:24

•54•

•54•
Very Good Jeeves,P.G. Wodehouse


♥♥♥♥


«J'examinai la chose. C'était un message pour le moins bizarre. Bizarre. Il n'y a pas d'autre mot.
Il était ainsi libellé :

N'oublie pas à ton arrivée ici essentiel croiser parfaits inconnus.

Nous autres Wooster avons l'esprit quelque peu lent, particulièrement au petit déjeuner, et une douleur sourde me vrillait les sourcils.
- Qu'est-ce que cela signifie, Jeeves ?
- Je ne saurais vous le dire, Monsieur.
- Le télégramme parle d'"ici". C'est où "ici" ?»


«Je compris tout.
- Jeeves, fis-je.
- Monsieur ?
- Je comprends tout. Comprenez-vous ?
- Oui, Monsieur.
- Alors, qu'attendez-vous, accourez !
- Je crains, Monsieur...
Bingo émit un court gémissement.
- Ne me dites pas, Jeeves, commença-t-il d'une voix brisée, que rien ne se présente à votre esprit, pas la moindre petite inspiration.»


«Je jugeai opportun de lui glisser l'heureuse nouvelle de l'arrivée des secours avant qu'il ne se brisât une corde vocale.
- Ohé ! m'époumonnai-je, profitant d'une accalmie.
Il tendit le cou par-dessus le rebord.
- Ohé ! mugit-il en regardant dans toutes les directions, excepté la bonne, cela va de soi.
- Ohé !
- Ohé !
- Ohé !
- Ohé !
- Oh ! fit-il en me repérant enfin.
- Coucou ! répondis-je, en lui rivant le clou, pour ainsi dire.»


♥♥♥♥


Wodehouse a été comme une révolution pour moi quand je l'ai découvert, poussièreux romans dans mon lointain CDI de collège. L'humour britannique du début du XXe siècle se révéla à moi dans tout son éclat. J'y succombai sans regret dans un grand éclat de rire. Une révolution vous dis-je !
Baronnets et Bars honnêtes, Bienvenue à Blandings, Eclair de chaleur formèrent alors ma bible quelques temps avant que le stock malheureusement ne s'épuise.
Ce recueil de nouvelles-ci (ici trois extraits d'une même nouvelle) est très drôle. Le pauvre Bertram et l'immanquable Jeeves sont parfaits dans leurs rôles, l'un provoquant des avalanches de situations délicates qu'il complique au fur et à mesure et l'autre les résolvant avec un flegme typiquement britannique. Des dialogues absurdes mais inimitables, des personnages cocasses toujours très fortunés et des intrigues étrangères au héros mais où il se retrouve les pieds dans le plat, dindon de la farce.
Mais bizarrement j'ai lu bien lentement ces nouvelles, entre deux romans. Il ne m'a pas fait autant rire, juste sourire, et les situations restaient peut-être insensées mais attendues : le même schéma. Me serais-je lassée ? Je n'aimerais pas, Jeeves me manquerait, son employeur aussi.
Un peu déçue en fin de compte. Et déçue d'être déçue.

# Posté le jeudi 04 septembre 2008 13:37

Modifié le dimanche 07 septembre 2008 14:47

•55•

•55•
Vos désirs sont désordres, Mako Yoshikawa


♥♥♥♥


«Sans parler du danger que constitue la présence d'Eric dans la pièce voisine, Phillip se trouve directement dans le champ de vision qu'on a de la fenêtre d'en face et peut-être même de la rue.
Il paraît plus dense et plus net qu'il ne l'a été depuis longtemps. Ces derniers temps, quand il était placé sous certains angles, je voyais la lumière luire au travers de son corps, mais aujourd'hui il est opaque, tous ses traits sont bien définis, malgré le soleil qui l'inonde par-derrière. Il est inexpressif, comme toujours, et me regarde avec attention.»


«Quand décembre viendra, lorsque l'air sera coupant et lumineux, ma grand-mère et moi seront devenues de vieilles amies. Je lui prêterai mon écharpe la plus chaude, et nous traverserons Central Park dans sa largeur, bras dessus bras dessous, comme deux écolières.
Obaasama, dirai-je (sans bafouiller désormais, car ce mot coulera comme du beurre sur ma langue), comment as-tu fait pour survivre sans avoir appris à oublier ?»


«Les étrangers trouvent Eric charmant, sans aucun doute, mais un peu intimidant aussi, car il possède une autorité naturelle faisant que tout le monde se précipite pour le satisfaire. Il est terrifiant quand il se met en colère, et j'ai de la chance que nous ne soyons jamais disputés sérieusement, car je ne serais pas de taille à affronter sa fureur. Ce n'est pas tellement ce qu'il dit, mais plutôt son ton ou peut-être même son attitude.»


«Tandis que je retourne vers la maison en claudiquant, un petit blondinet qui joue avec un camion lève la tête et, en me voyant sourire, il me considère avec les yeux défaillants d'amour d'un jeune chiot, puis abandonnant son camion, il m'emboîte le pas en trottinant. "Tommy, reviens", lance une grosse Noire d'une voix suprêmement lasse, et il s'arrête, comme ligoté par cet appel mais sans me quitter du regard. Les enfants me suivent tout le temps, même quand je ne fais que leur sourire. Phillip disait que je devais être une descendante d'Hans le joueur de flûte. »


«- Il m'a semblé voir quelque chose s'allumer dans tes yeux, une sorte de... de reconnaissance souterraine.
- Tiens. Que voilà une expression intéressante, dis-je, mais à peine eus-je parlé que j'eus envie de me donner des coups pour avoir pris un air aussi condescendant. Je tâchai alors fort maladroitement de me rattraper. C'est à dire que j'aurais bien aimé avoir senti cette reconnaissance souterraine quand on nous a présentés, mais je ne crois pas que c'était le cas.
- On a joué ensemble à la marelle.»


«Elle adorait mon père et rêvait d'être médecin, mais c'est avec le piano que ma mère a connu sa seule histoire d'amour réussie. Quand elle jouait, elle pouvait se laisser aller, et bien qu'elle préférât Chopin et Bach au tumultueux Beethoven, le piano lui fournissait un exutoire à des émotions rarement extériorées. Souvent, quand elle jouait, ses joues s'empourpraient, elle se mordait la lèvre inférieure et on avait l'impression qu'elle frappait les touches avec plus de violence qu'il ne fallait. Après le départ de mon père, elle se mit à jouer plus que jamais.»


♥♥♥♥


J'ai pris ce roman sans le chercher. Désemparé de ne pas trouver l'auteur que je cherchais (Tom Wolfe par ailleurs) j'ai pris par hasard ce roman. Lisant à la va-vite le résumé je me suis dit "une histoire d'amour". Voyant la couverture (des draps défaits) j'ai dit à mon amie "une histoire de cul, encore". Qu'importe, j'ai emprunté. J'aime emprunter des romans sans savoir pourquoi (vive le principe de la bibliothèque ! lol). Quelle surprise en commencant ma lecture ! Je me suis sentie doucement envoûtée, prise dans le flot de pensées, de vie de cette jeune américaine. Pauvre Kiki, amoureuse d'un fantôme, mais devant poursuivre sa vie. Pauvre Kiki, qui veut repartir en arrière alors que c'est impossible. Tous ces retours en arrière qu'elle fait ne font que la pousser toujours plus en avant. A travers elle parle trois générations de femmes. L'histoire de Kiki bien sûr, qui mène tout le roman, qui est l'intrigue principale. L'histoire de sa mère et l'histoire de sa grand-mère, ancienne geisha. Kiki qui ne l'a jamais vue s'attache à son image, cherche des solutions à travers son personnages, lui pose des questions, questions qui ponctuent le roman d'une façon régulière. L'écriture de Mako Yoshikawa est fluide et simple. Les éléments les plus banals de la vie de Kiki sont contés, avec une telle poèsie, une telle douceur... un tel nature que je les ai aimés.
Je n'ai été lassée à aucun moment, je ne regrette pas d'avoir pris ce roman.
Pour tous ceux qui veulent tourner la page, ce n'est jamais facile.
Un bijou.
(je n'aime pas cette couverture trouvée sur google images, j'en suis désolée. mon scanner ne marche pas, il faudra vous en contenter. la couverture n'en dit jamais assez long sur un roman. le résumé non plus. (les critiques non plus, hihi) donc, ne vous fiez jamais à...)



# Posté le vendredi 12 septembre 2008 06:11

Modifié le jeudi 21 mai 2009 11:24

•56•

•56•
Les enfants de la dernière chance,
Peter Høeg


♥♥♥♥


«C'était une loi, c'était ce qu'il fallait comprendre. Une loi qui sélectionnait celui-ci et condamnait celui-là. Mais pour ceux qui étaient à la limite, elle travaillait à prévenir les conséquences. Pour eux, il y avait une chance, et l'école privée de Biehl était cette chance.
Pour le comprendre, le mieux était d'être classé parmi ceux qu'on considérait comme éventuellement aptes à survivre.»


«Au mois d'avril 1971, tous les enfants qui avaient des liens de parenté avec les enseignants avaient été retirés de l'école. Jusqu'alors, Vera Hofstaetter, qui enseignait l'allemand, avait deux fils à l'école, l'un en cinquième, l'autre en troisième; Biehl, deux petits-fils en sixième; Stuus, qui nous enseignait le latin, une fille en quatrième moderne; Jerlang, deux fils en septième et huitième, et une fille, Anne, dans notre classe; et bien sûr Fredhøj, son fils Axel Fredhøj. Neuf élèves en tout qui ne revinrent pas après les vacances de Pâques. Aucune explication ne fut donnée. Tous pensèrent que c'était à cause de ce qui s'était passé avec Axel Fredhøj.»


«- On fait un dessin, dit-il, et on n'a rien. On refait le même, et on reçoit une étoile et des compliments. Peut-on m'expliquer ?
Il avait dit cela sur un ton détaché, sans la regarder. Il voulait l'éprouver. Si elle faisait un faux pas, elle le perdait à jamais.
Elle regarda les dessins. Elle semblait les écouter, de la même façon qu'elle m'avait écouté. Je sus alors qu'elle voulait le comprendre.
- C'est le temps qui compte, lui dit-elle. Tu as une étoile parce que tu as passé davantage de temps sur le deuxième dessin. Et que tu as employé le temps d'une certaine façon. Nous croyons qu'ils ont un plan avec le temps.
- Le deuxième n'est donc pas meilleur ?
Il leva les yeux droit sur elle, mais elle prit garde de ne pas croiser son regard.
- Ce n'est pas une question de meilleur ou pas, dit-elle. Le deuxième correspond simplement mieux à leur plan.»


«- Décampe, dit-elle, va au diable.
- On me transfère, dis-je. C'est une sanction, ils ont l'accord d'un juge, on ne peut rien y faire.
Elle tourna vers moi son visage, sa peau était blanche, translucide. Elle me regarda comme si elle cherchait quelque chosee. Et elle toucha mon bras.
- C'est eux qui te transfèrent ?
Elle continuait à me regarder droit dans les yeux, c'était presque insoutenable.
- Je t'attendais, dit-elle. J'ai notre plan, je savais que tu allais venir.»


«Dès le début, il avait été écrit qu'il en serait ainsi. Une errance à travers des espaces déserts, inhospitaliers. Ce qui me soutenait, c'était d'être auprès de ceux qui m'étaient proches, la femme et l'enfant. A la fin nous atteindrions la Terre promise.»


♥♥♥♥


Je n'ai pas tout compris.
Peter Høeg se montre romancier de talent, mais assez complexe. L'affaire du temps et le fin mot de l'histoire m'est totalement passé au-dessus de la tête. Je devrais le lire une seconde fois.
Pourtant j'ai aimé.
Car c'est Peter Høeg et je suis captivée par cet écrivain depuis Smilla. Car ces trois personnages sont attachants, et bizarres. Car le ton du livre est triste, si triste.
Le temps y est découpé en tout petits morceaux, dispersé. Passé, présent, futur s'emmêlent les pinceaux. Dans cet univers, les adultes ont oubliés leur enfance, les enfants n'en sont plus et les maillons faibles se battent pour survivre.

Dur, triste, poignant, effrayant, différent
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# Posté le mercredi 01 octobre 2008 08:33

Modifié le jeudi 21 mai 2009 11:23

•57•

•57•
Hernani, Victor Hugo ■


♥♥♥♥


«DOÑA SOL, cherchant à se dégager de ses bras.
Au secours, Hernani !

DON CARLOS
Le juste et digne effroi !
Ce n'est pas ton bandit qui te tient, c'est le roi !

DOÑA SOL
Non. Le bandit c'est vous. – N'avez-vous pas de honte ?
Ah ! pour vous à la face une rougeur me monte.
Sont-ce là les exploits dont le roi fera bruit ?
Venir ravir de force une femme la nuit !»


«HERNANI
Oh ! par pitié pour toi, fuis ! – Tu me crois peut-être
Un homme comme sont tous les autres, un être
Intelligent, qui court droit au but qu'il rêva.
Détrompe-toi. Je suis une force qui va !
Agent aveugle et sourd de mystères funèbres !
Une âme de malheur faite avec des ténèbres !
Où vais-je ? je ne sais. Mais je me sens poussé
D'un souffle impétueux, d'un destin insensé.»


«DON RUY GOMEZ, montrant la cachette encore ouverte.
Saints du ciel ! ce repaire
Est-il donc si profond, si sourd et si perdu,
Qu'il n'ait entendu rien ?

HERNANI
Je n'ai rien entendu.

DON RUY GOMEZ
Il a fallu livrer Doña Sol ou toi-même.

HERNANI
A qui, livrée ?

DON RUY GOMEZ
Au roi.

HERNANI
Vieillard stupide ! il l'aime !»


«HERNANI, se levant terrible
Nommez-moi Hernani ! nommez-moi Hernani !
Avec ce nom fatal je n'en ai pas fini !»


♥♥♥♥


Lu pour mon cours de litté du XIXe siècle (yep ! vive la fac !!). Et j'aurais du m'y mettre bien avant. Hernani c'est un des premiers drames romantiques. Hernani c'est une bataille pour l'amour, une bataille pour l'honneur. Hernani n'est pas qu'un homme, c'est trois hommes, une femme qui se déchirent, Hernani c'est le nom du déshonneur, du combat pour être aimé, élu, sauvé.
Je me suis plongée avec délices dans cette histoire qui est si simple si l'on enlève toutes ces futiles complications ! J'ai savouré le plaisir des sonorités des mots, des rimes et des alexandrins.
Victor Hugo, tu es un Chateaubriand !


# Posté le lundi 13 octobre 2008 09:51

Modifié le jeudi 21 mai 2009 11:23

•58•

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La Maison des feuilles,
Mark Z. Danielewski ■


♥♥♥♥


«Ceci n'est pas pour vous.»


♥♥♥♥


Dans son introduction, Johnny explique comment il a trouvé un mystérieux manuscrit à la mort d'un vieil homme aveugle, décidé de le mettre en forme et de l'annoter de façon très personnelle. Le texte se présente comme un essai sur un film, le Navidson Record, réalisé par Will Navidson, un photoreporter, lauréat du prix Pulitzer. Will, qui vient d'emménager avec sa famille dans une maison en Virginie, filme son installation, réalisant une sorte de « home movie ». Tout s'annonce bien jusqu'à ce qu'il découvre une pièce qui jusqu'alors n'existait pas. Passé l'étonnement, il se rend à une évidence troublante : la maison est plus grande à l'intérieur qu'à l'extérieur. Navidson tente d'explorer les lieux mais, après avoir manqué se perdre, il engage des explorateurs professionnels. L'horreur commence alors. Aussi bien pour les membres de l'expédition que pour le lecteur – lui-même égaré dans le dédale des notes qui envahissent les pages comme un lierre maléfique.
Que cache la maison ? Quel est ce grondement qu'elle émet de temps en temps ? Pourquoi Johnny a-t-il ces cicatrices ? Pourquoi le manuscrit de Zampanò semble-t-il le rendre fou ? (résumé pris au dos du livre)
Je n'ai pas assez de mots pour parler de ce livre. D'ailleurs en nécessite-t-il ? Un film ne m'aurait pas moins angoissé. D'ailleurs n'est-ce pas une sorte de film ? Un livre qui fait peur. Il suffit de suivre le rythme.
Mille mercis à [Mais qui donc m'a conseillé ce livre ??]

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# Posté le mardi 14 octobre 2008 09:46

Modifié le jeudi 21 mai 2009 11:19