■ TS, Fabrice Vigne ■
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«Parce que, quand à l'école primaire on nous apprend les vingt-six lettres on peut refaire le monde entier, jusque dans les détails et ses coins invisibles, le grand tout de ce qui existe et de ce qui n'existe pas mais dont on a une idée quand même, y compris le nardir et Monsieur Bernardini. On n'en finirait plus de faire des découvertes juste avec vingt-six lettres, de quoi se faire péter la caisse.»
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« IDIOSYNCRASIE [sin-kra-zî] n.f. (gr. idios, propre,
sun, avec, et krasis, tempérament). Tempérament.
Réaction individuelle propre à chaque homme.
Ceux qui ne savent pas se servir d'un dictionnaire prétendent que c'est un objet froid, sans émotions, purement utilitaire. Voilà une médisance très mesquine, et une grave imbecillité.»
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«- Comment ça, “comme ça” ?
- Ben comme ça... Tu regardes les autres sans les regarder, tu leur parles sans leur parler... Tu ne participes à rien de ce qui se passe dans la classe. Quand tout le monde éclate de rire, ou proteste contre le prof, ou, tiens, un exemple, quand il se met à faire trop noir, que quelqu'un allume la lumière, et que toute la classe en choeur fait “aaaaaaaaaah”, tu ne réagis pas, tu observes seulement ceux qui crient, celui qui lance le mouvement, qui suit, qui en rajoute. On dirait que tu enregistres tout comme un ordinateur, mais que, qu'il fasse noir ou clair, au fond tu t'en fous. Alors voilà : pourquoi t'es comme ça, en retrait, spectateur ?»
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«D'un seul coup, c'était trop affreux pour moi ce morceau de viande que nos organismes étaient priés de transmuter en un autre morceau de viande : nous. Je tanguais de vertige au milieu de ce troupeau de gars et de filles qui bouffaient du pot-au-feu, qui le digéraient ensemble, leurs dizaines d'estomacs, leurs kilomètres de tripes au travail, qui dans quelques heures allaient le chier, et qui recommenceraient, c'était sûr, toute leur vie, jusqu'au bout. Et qui, tous, paraissaient trouver ça normal. Et qui se croyaient les boss.»
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Un livre surprenant. Du titre au résumé et jusqu'à à la première page, nous pauvres lecteurs, sommes noyés dans cette vie mystérieuse et ne pouvons qu'en suivre le flot.Un jeune garçon refuse de suivre la vie en bloc, se réfugie dans ses mots, mais apprend pourtant peu à peu à vivre. Il nous apprend, et apprend de nous également. Je ne saurais mieux résumer, je ne pourrais que vous enjoindre de lire ce roman. Une langue parfait, d'une grande fluidité, qu'on envie... que j'envie... cet héros malheureux nous devient très proche... on aurait presque envie d'être avec lui, de lui dire “je comprend” “je suis avec toi” “parle moi”.