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Le cycle d'Oedipe et d'Antigone
Les vallées du bonheur profond, Henry Bauchau ■


Résumé :
Les cinq récits limpides et lumineux qui composent ce recueil appartiennent au cycle d'¼dipe et d'Antigone. Dans l'Arbre fou, Henry Bauchau interroge l' acte de création, et sa part inévitable de violence.
Si Antigone, en partant avec Constantin dans Les Vallées du bonheur profond, échappe un instant à son destin, c'est pour le retrouver aussitôt avec une joie paradoxale. La Femme sans mots incarne la violence de la folie. Le Cri est comme la matrice de l scène fondamentale du roman Antigone. Et le dernier récit donne la parole à Sophocle, L'Enfant de Salamine. Ces récits disent avec force comment ¼dipe et Antigone se sont imposés à l'écrivain et ne l'ont plus quitté.


Du Bauchau <3.
Après Antigone, je n'ai pu m'empêcher de chercher d'autres oeuvres du même auteur... J'aime cet auteur.

# Posté le mardi 15 janvier 2008 14:45

Modifié le jeudi 21 mai 2009 11:46

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L'élégance du hérisson, Muriel Barbery ■


♥♥♥♥


«Alors quand monsieur-j'ai-mis-au-monde-une-pustule a dit : "le système de classement des joueurs commence à 1 kyu et ensuite on monte jusqu'à 30 kyu puis après on passe aux dans : 1er dan, puis 2e, etc...", je n'ai pas pu me retenir, j'ai dit : "Non, c'est dans l'ordre inverse : ça commence à 30 kyu et après on monte jusqu'à 1."
Mais monsieur-pardonnez-moi-je-ne-savais-pas-ce-que-je-faisais s'est obstiné d'un air mauvais : "Non, chère demoiselle, je crois bien que j'ai raison." J'ai fait non de la tête pendant que papa fronçait les sourcils en me regardant. Le pire, c'est que j'ai été sauvée par Tibère. "Mais si, papa, elle a raison, 1er kyu, c'est le plus fort." Tibère est un matheux, il joue aux échecs et au go. Je déteste cette idée. Les belles choses devraient appartenir aux belles gens.»


«Toutes les familles heureuses se ressemblent mais les familles malheureuses le sont chacune à leur façon est la première phrase d'Anna Karénine que, comme toute bonne concierge je ne saurais avoir lu, non plus qu'il ne m'est accordé d'avoir sursauté par hasard à la seconde partie de cette phrase, dans un moment de grâce, sans savoir qu'elle venait de Tolstoï, car si les petites gens sont sensibles sans la connaître à la grande littérature, elle ne peut prétendre à la hauteur de vue où les gens instruits la placent. »


♥♥♥♥


Un titre alléchant, un résumé intriguant pour un roman pas commun. Un peu stéréotypé, c'est vrai. Je ne pense pas que tout le monde mette les concierges dans la case "abrutis" o_o. Je ne pense pas non plus que les petits génies restent méconnus dans leur famille ou à l'école comme ça. M'enfin. C'est vrai qu'il y a la marge des possibles. Pour en revenir au livre, et bien c'est un joli conte sur l'ouverture aux autres... la découverte du bonheur... La fin est très surprenante... Tout mais pas ça !

# Posté le mardi 15 janvier 2008 14:46

Modifié le jeudi 21 mai 2009 11:46

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Une femme, Anne Delbée ■


♥♥♥♥


«- C'est à lui que je vais demander de prendre la suite de mes leçons. Vous m'écoutez, Camille ?
- Pardon.
- Je disais que j'allais demander justement à Rodin de me remplacer auprès de vous. A mon avis il est le seul qui ait du génie même s'il paraît effacé au premier abord - timide. C'est un des plus grands parmi nous. Encore peu connu ! J'ai toute confiance en lui.»


«Certains reculent d'horreur devant celle qui s'intitule Clotho. La petite vieillarde n'en a cure. Elle les nargue, avec son ventre balafré. L'un des seins semble se perdre en un long filet de pus, tandis que les jambes muclées projettent des avancées meurtrières - elle tue -, et elle rit de son épouvantable rictus. Elle progresse à pas terribles et s'encapuchonne de bandages à moitié défaits.»


«Mlle Claudel est l'élève de Rodin et la soeur de M. Paul Claudel. Tout le monde sait ce qu'est Rodin; tout le monde aussi ignore ce qu'est Paul Claudel


♥♥♥♥


Après Racine Roman qui m'avait beaucoup plus, j'étais assez suspicieuse vis à vis de ce roman, que je voyais comme une autre (encore !) biographie avec une illustre inconnue. Quelle ne fut ma surprise en recevant, tout d'une pièce, ce gros livre ! La figure de Camille Claudel me happa d'emblée, ses yeux sombres, si songeurs, si ailleurs me troublèrent, me donnèrent envie de savoir. Et surtout, ce paratexte, si abrupt :
Nom :CLAUDEL
Prénom : CAMILLE
SCULPTEUR
Née le : 8 décembre 1864
Yeux : Bleus foncés
Frère : Paul Claudel
Amant : Auguste Rodin
Compagnon : Debussy
Trente ans de création
Trente d'asile

Une femme. Mais quelle femme !


# Posté le mardi 05 février 2008 13:13

Modifié le jeudi 21 mai 2009 11:46

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Albert Schweitzer, Pierre Lassus ■


♥♥♥♥


«Le vieil homme repose dans le lit étroit et la lumière vacillante de la lampe à pétrole accentue les rides sombres de son visage. Enfin son souffle, qui peinait, s'éteint comme on soupire en arrêtant son travail.
Ce samedi 4 septembre 1965, il est un peu plus de 23 heures 30. Pas tout à fait minuit. Le docteur Schweitzer vient de quitter ce monde.
Cette mort n'est pas effraction, c'est la fin naturelle d'une vie qui est accomplie.»


«En 1962, l'organiste Edouard Nies-Berger quitte son orchestre, le Philharmonique de New York, et vient à Lambaréné à la demande expresse de Schweitzer pour terminer l'édition du dernier volume des Oeuvres Intégrales pour orgue de Bach, édition que Schweitzer avait commencé en 1911 en collaboration avec le compositeur Charles-Marie Widor. Nies-Berger n'a que trois semaines à consacrer à Lambaréné. Les jours passent et Schweitzer discute philosophie, pousse des brouettes, nourrit les poules, écrit des lettres, commente la Bible... Il est, à ce moment-là, très préoccupé par la construction d'un pont à travers les marais qu'il veut achever avant la saison des pluies, aussi passe-t-il le plus clair de son temps à surveiller les travaux et les ouvriers, ce qui n'est pas chose aisée. Nies-Berger doit donc attendre, contenir son exaspération et faire bonne figure au dîner quand le docteur l'entretient avec le plus grand sérieux de ses problèmes de chef de chantier.
Le musicien se console un peu en travaillant sur le piano de la salle à manger, accompagné quelquefois par la flûte du docteur Munz. Trois jours avant son départ pour New York, alors que Nies-Berger s'est résigné à l'échec de l'entreprise, Schweitzer lui annonce que le pont est terminé et l'invite à se mettre au travail sur-le-champ.»


«Alors, dans cette espérance qui sourd, comme une source dont on ne sait pas trop d'où elle vient, nous pouvons conclure avec lui, comme il concluait son ouvrage en mars 1931, ignorant qu'il allait, pendant trente-quatre années encore, poursuivre sa route :

Je considère avec calme et humilité le travail à venir afin d'être prêt à y renoncer un jour, s'il le faut, mais, actifs ou souffrants, nous devons faire preuve du courage de ceux qui ont lutté et sont parvenus à cette paix qui surpasse toute connaissance. Lambaréné, 7 mars 1931.

Mais Albert Schweitzer nous a offert, sur la route où nous étions à sa rencontre, une espérance concrète, et c'est sur elle que nous voulons finir d'évoquer cet homme, en l'écoutant parler aujourd'hui.»


♥♥♥♥


Qui ne connaît pas Schweitzer ? Je reformule ma question, qui connaît Schweitzer ? Oui, oui, c'est un illustre bonhomme et non, non je ne vous jette pas la pierre dessus. Cela doit faire à peine un mois que j'ai son nom à la bouche. Schweitzer... Pourtant, après des recherches sur Wiki' ou après avoir lu sa biographie on ne peut que s'émerveiller devant un tel homme, devant une telle envergure. Et oui, il existe ainsi des Grands Hommes semblant bien inégalables... Philosophe, Médecin, Musicien, Théologien... il semble tout être, tout enchaîner et chaque fois à haute dose et haut niveau.
Pierre Lassus nous offre un magnifique ouvrage, extrêmement bien écrit, tout en finesse et anecdotes, traçant de la fin au début, l'aventure Schweitzer.
Un personnage à connaître.


# Posté le mardi 12 février 2008 13:37

Modifié le jeudi 21 mai 2009 11:45

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Roméo et Juliette, William Shakespeare ■


♥♥♥♥


«Les terribles moments de leur amour mortel
Et l'obstination des rages familiales
Que rien sinon la mort des deux enfants n'apaisera,
Pendant deux heures nous le jouerons sur ce théâtre;»


«ROMEO
Alors sois immobile
Tandis que je prendrai le fruit de mes prières.
Ainsi le péché de mes lèvres
Par tes lèvres est effacé.

JULIETTE
Et mes lèvres ainsi ont reçu le péché.»


«ROMEO
Le noir destin de ce jour sur d'autres jours est suspendu,
Celui-ci commence un malheur que d'autres devront finir.»


«JULIETTE
Viens, gentille nuit ! Nuit aimante, au front sombre,
Donne-moi mon Roméo; et quand il devra mourir
Prends-le et coupe-le en petites étoiles
Et la face du ciel il la fera si belle
Que le monde sera amoureux de la nuit
Et ne rendra plus culte à l'éclatant soleil.»


«ROMEO
Où vit Juliette; un chien, un chat,
Une petite souris, toute chose même indigne
Vivent ici au ciel, peuvent la regarder
Mais Roméo ne le peut pas;»


«ROMEO
Plus clair, toujours plus clair;
Plus noire, toujours plus noire, notre désolation.»


«LE PRINCE
Les uns sont pardonnés, d'autres seront punis
Car jamais il n'y eut plus douloureux récit
Que celui de Roméo et Juliette.»


♥♥♥♥


Dans le cadre de ma chère TL j'ai pu redécouvrir pleinement ce chef-d'oeuvre. Oui je dis chef-d'oeuvre car c'est vraiment un joyau du théâtre élisabéthain. Shakespeare y développe sa notion de la tragédie avec un style et un art magnifiques de beauté, de sensibilité et de tristesse. J'aurais voulu vous mettre toute la pièce... Je n'ai mis que certaines de mes répliques préférées. On y voit vraiment à quel point cette pièce est fataliste et à quel point ses personnes le ressente et le subisse. Je vous souhaite de tout coeur de découvrir à votre tour cette oeuvre comme moi, avec stupéfaction et passion.
Roméo et Juliette, ce n'est pas qu'un couple "malheureux" frappé par le destin.
C'est bien plus.
Bien plus tragique.

# Posté le jeudi 06 mars 2008 15:37

Modifié le jeudi 21 mai 2009 11:45

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Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes,
Jean-Jacques Rousseau ■


♥♥♥♥


«Mécontent de ton état présent, par des raisons qui annoncent à ta postérité malheureuse de plus grands mécontentements encore, peut-être voudrais-tu pouvoir rétrograder; et ce sentiment doit faire l'éloge de tes premiers aïeux, la critique de tes contemporains, et l'effroi de ceux qui auront le malheur de vivre après toi.»


«Le méchant, dit-il [Hobbes], est un enfant robuste; il reste à savoir si l'homme sauvage est un enfant robuste. Quand on le lui accorderait, qu'en conclurait-il ? Que si, quand il est robuste, cet homme était aussi dépendant des autres que quand il est faible, il n'y a sorte d'excès auxquels il ne se portât, qu'il ne battît sa mère lorsqu'elle tarderait trop à lui donner la mamelle, qu'il n'étranglât un de ses jeunes frères lorsqu'il en serait incommodé, qu'il ne mordît la jambe à l'autre lorsqu'il en serait heurté ou troublé; mais ce sont deux suppositions contradictoires dans l'état de nature qu'être robuste et dépendant; l'homme est faible quand il est dépendant, et il est émancipé avant que d'être robuste.»


«... c'est elle [la pitié] qui, au lieu de cette maxime sublime de justice raisonnée : fais à autrui comme tu veux qu'on te fasse, inspire à tous les hommes cette autres maxime de bonté naturelle bien moins parfaite, mais plus utile peut-être que la précédente : Fais ton bien avec le moindre mal d'autre qu'il est possible. C'est, en un mot, dans ce sentiment naturel, plutôt que dans des arguments subtils, qu'il faut chercher la cause de la répugnance que tout homme éprouverait à mal faire, même indépendamment des maximes de l'éducation.»


♥♥♥♥


Bon j'avoue, c'est du lourd. Ca paraît maigrichon mais je vous assure, c'est du lourd. Dense, bien compliqué, à relire non pas deux mais plus de trois fois. Mais une fois qu'on a bien intégré le langage et les difficultés, cela devient plus intéressant. Des phrases que je ne comprends peut-être pas mais également des pensées éclairées. Sur ce coup-là, Rousseau n'a pas tort. Je comprendrais que cela soit barbant, il faut se forcer. Je n'ai pas regretté.

# Posté le dimanche 13 avril 2008 11:36

•35•

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Le Guépard, Giuseppe Tomasi di Lampedusa ■


♥♥♥♥


«Assis sur un banc, il restait inerte à contempler les dévastations que Bendicò opérait dans les plates-bandes; de temps à autre, le chien tournait vers lui ses yeux innocents comme pour être loué du travail accompli : quatorze oeillets brisés, la moitié d'une haie arrachée, un petit canal obstrué. On aurait vraiment dit un humain. "C'est bon, Bendicò, viens là." Et la bête accourait, posait son museau terreux sur la main, anxieuse de lui montrer que la grossière interruption d'un travail si bien accompli lui était pardonnée.»


«À ce moment-là tout le monde se levait de table; Tancredi se baissa pour ramasser l'éventail de plumes qu'Angelica avait laissé tomber; en se relevant il vit Concetta, le visage embrasé, deux petites larmes au bord des cils : "Tancredi, ces horreurs se disent au confesseur, on ne les raconte pas aux jeunes filles, à table; du moins, pas quand moi je suis là." Et elle lui tourna le dos.»


«Par ailleurs, je vois que je me suis mal expliqué : j'ai dit les Siciliens, j'aurais dû ajouter la Sicile, l'atmosphère, le climat, le paysage. Ce sont ces forces-là qui, en même temps et peut-être plus encore que les dominations étrangères et que les viols incongrus, ont forgés cette âme : ce paysage qui ignore le juste milieu entre la mollesse lascive et l'âpreté damnée; qui n'est jamais mesquin, terre à terre, détendu, humain, comme devrait l'être un pays fait pour que des êtres rationnels y demeurent; ce pays qui à quelques milles de distance possède l'enfer autour de Randazzo et la beauté de la baie de Taormina, l'un et l'autre outre mesure, et donc dangereux; ce climat qui nous inflige six mois de fièvre à quarante degrés; comptez-les, Chevalley, comptez-les : Mai, Juin, Juillet, Août, Septembre, Octobre; six fois trente jours de soleil surplombant nos têtes; notre été long et sinistre comme un hiver russe et contre lequel on lutte avec moins de succès; vous ne le savez pas encore, mais on peut dire que chez nous il neige du feu, comme sur les villes maudites de la Bible;...»


«La porte s'ouvrit. "Mon oncle, tu es en grande beauté ce soir. L'habit te va à la perfection. Mais qu'est-ce que tu regardes ? Tu courtises la mort ?"
Tancredi avait Angelica à son bras : tous les deux, épuisés, étaient encore sous l'influence sensuelle de la danse. Angelica s'assit, demanda à Tancredi un mouchoir pour se sécher les tempes; ce fut Don Fabrizio qui lui donna le sien. Les deux jeunes gens regardaient le tableau avec un insouciance absolue.»


♥♥♥♥


Ouvrage majestueux tout en puissance violente et douce amère. Oui, les deux à la fois. Le goût de la mélancolie circule entre les pages et nous reste au travers de la gorge. C'est la fin d'une ère, toute une époque de faste se termine dans la décadence et dans un certain oubli. Pauvres TL, vous devez vous étonner du fait que j'admire ce roman ennuyeux et interminable... Mais forcez-vous donc à le lire, comme je l'ai fait, dépassez le cap du premier chapitre, plongez-vous au coeur de la Sicile du XIXe, endormie et languissante, qui ne se laissera jamais soumettre ! Lisez et relisez, vous aimerez. Quant à moi, je n'ai qu'une hâte, c'est de m'enfoncer dans les tréfonds de l'analyse du Gattopardo. Une bien belle plume ce Lampedusa.


# Posté le dimanche 13 avril 2008 12:01

Modifié le jeudi 21 mai 2009 11:44

•36•

•36•
Les Annales du Disque-monde
Mécomptes de fées, Terry Pratchett ■


♥♥♥♥


«Hélas, l'ignorance en vint à présenter davantage d'intérêt, surtout l'ignorance insondable et fascinante dans des domaines aussi vastes qu'essentiels comme la matière et la création, et l'on cessa de bâtir patiemment ses petites maisons en briquettes de logique dans le chaos de l'univers afin de se passionner pour le chaos lui-même – en partie parce que c'est beaucoup plus facile d'être un expert du chaos, mais surtout parce que le chaos offre de superbes motifs graphiques à reproduire sur les t-shirts.»


«Elle relut le mot. Il disait : Je n'ai jamais eu le tant de formé une remplassante, alors c'est toi qui devra le faire. Tu dois allé dans la vile de Genua. Je l'aurais fait moi-même, seulement je ne peu pas pour la bonne raizon que je suie morte. Illon Saturday ne doit PAS marié le prinse. P.-S. C'est importent.
Elle regarda son reflet dans le miroir.
Elle rabaissa les yeux sur le mot.
P.-S.-P.-S. Dis aux deux autres vieilles qu'elles ne doive pas y allé aveque toi, elles bouzilleraient tout.
Ce n'était pas fini.
P.-S.-P.-S.-P.-S. Elle a tandanse à se recalé sur les sitrouilles mais tu atrapera le coup en un rien de tant.
Magrat regarda encore le miroir. Puis baissa les yeux sur la baguette.
En l'espace d'une seconde, la vie, simple jusque-là, s'annonce brusquement pleine de complications à perte de vue.
- Oh, mince, fit-elle. Je suis une marraine fée !»


«L'aubergiste était sorti en courant et rentrait les petites tables pimpantes. Il adressa un signe de tête à Nounou et parla avec précipitation.
- Je crois qu'il veut qu'on rentre à l'intérieur, dit Magrat.
- Moi, j'ai envie de rester dehors, fit Mémé. J'AI ENVIE DE RESTER DEHORS, MERCI, répéta-t-elle. Mémé remédiait au problème des langues étrangères en répétant ses phrases plus fort et plus lentement.»


«Nounou regarda le couple disparaître dans la cohue.
- Hello, belle goupille, fit une voix dans son dos. Elle se retourna. Personne.
- En dessous.
Elle baissa la tête.
Un tout petit être arborant une tenue de capitaine de la garde du palais, une perruque poudrée et un sourire patelin levait vers elle une figure rayonnante.
- Je m'appelle Casanabo, fit-il. J'ai la réputation de plus grand amant du monde. Qu'en dites-vous ?»


♥♥♥♥


Un univers affolant, totalement désopilant et nous faisant rire de la première à la dernière lettre. Pratchett est un génie en la matière, et il le sait bien. Il pratique l'art de la dérision d'une manière tellement naturelle qu'elle en devient vite essentielle ! Ce cycle en est un parfait exemple.

# Posté le lundi 14 avril 2008 16:41

Modifié le jeudi 21 mai 2009 11:44

•37•

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La course au mouton sauvage, Haruki Murakami ■


♥♥♥♥


«- Tu peux venir tout de suite ? me dit mon associé d'une voix stridente. C'est pour une affaire très importante.
- Quel degré d'importance ?
- Tu le sauras si tu viens, dit-il.
- C'est encore pour cette histoire de moutons ? lançai-je pour voir. J'aurais pas dû. Le récepteur devint froid comme un glacier.»


«- Parce que vous avez rencontré Dieu ?
- Bien sûr. Je lui téléphone tous les soirs.
- Mais... Un léger doute m'arrêta. Ma tête commençait à perdre le fil. Heu... Mais si tout le monde se met à téléphoner à Dieu, la ligne doit être drôlement encombrée et ça doit sonner tout le temps occupé... Pire que les renseignements aux alentours de midi, non ?»


«- Comment veux-tu que je trouve ce mouton ? Hokkaidô c'est autrement plus grand que tu ne le penses, et des moutons il y en a des centaines de milliers. Va-t-en dénicher un mouton là-dedans, c'est même pas la peine d'y penser. Quand bien même le mouton en question porterait une étoile sur le dos.
- Disons plutôt cinq mille.
- Quoi, cinq mille ?
- C'est le nombre de moutons qu'il y a à Hokkaidô. En 1947, il y en avait deux cent soixante-dix mille, mais il n'y en a plus que cinq mille aujourd'hui.»


♥♥♥♥


Dans la lignée des univers étranges plongeant le lecteur dans une introspection personnelle, les livres de Murakami doivent faire place nette. Titre intriguant, récit qui s'enchaîne par coups brusques et sans répits pour le lecteur, retournements de situation inexpliqués... Ce roman donne lieu à une atmosphère de tristesse tendant à s'allèger avec la douce ironie du protagoniste principal. En fin de compte ce roman nous ramène à notre point de départ. Vraiment ?

# Posté le lundi 21 avril 2008 15:24

Modifié le jeudi 21 mai 2009 11:44

•38•

•38•
Le Cid, Pierre Corneille ■


♥♥♥♥


«DON RODRIGUE
... Que je sens de rudes combats !
Contre mon propre honneur mon amour s'intéresse :
Il faut venger un père, et perdre une maîtresse.
L'un m'anime le c½ur, l'autre retient mon bras,
Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme,
Ou de vivre en infâme,
Des deux côtés mon mal est infini.
Ô Dieu, l'étrange peine !
Faut-il laisser un affront impuni ?
Faut-il punir le père de Chimène ?»


«CHIMENE
...Tu t'es, en m'offensant, montré digne de moi ;
Je me dois, par ta mort, montrer digne de toi.»


«CHIMENE
Va, je ne te hais point.

DON RODRIGUE
Tu le dois.

CHIMENE
Je ne puis.»


«DON FERNAND
Ma fille, ces transports ont trop de violence.
Quand on rend la justice on met tout en balance :
On a tué ton père, il était l'agresseur ;
Et la même équité m'ordonne la douceur.
Avant que d'accuser ce que j'en fais paraître,
Consulte bien ton c½ur : Rodrigue en est le maître.
Et ta flamme en secret rend grâces à ton roi,
Dont la faveur conserve un tel amant pour toi.»


♥♥♥♥


J'ai lu vite cette pièce si connue mais je ne regrette rien, je la relirais en temps voulu, avec bonheur et lenteur. Juliette m'a donné envie de connaître Chimène. Deux personnages bien différents dans leur amour mais symboliques par leur amour. Chimène et Rodrigue, les amants malheureux, trouvent du réconfort au final, soutenus par leur entourage. Pourtant un point d'interrogation demeure... Le statut du Cid résistera-t-il devant la mort ? La violence du monde semble s'acharner bien méchamment sur les jeunes amours.



# Posté le lundi 21 avril 2008 15:43

Modifié le jeudi 21 mai 2009 11:42