■Le pont, Manfred Gregor■
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«- Mes enfants, Schaubeck est mort. Les Yankees ne sont plus qu'à trente kilomètres. Tout est fichu. Je préférerais que vous décampiez. Au plus vite. Je ne peux pas vous en donner l'ordre, je n'en ai pas le droit. Mais la sentinelle de faction sous le mur ouest est prévenue. Elle vous laissera passer.
Ayant dit, avec une insistance presque intolérable, Fröhlich regarde tour à tour chacun des sept garçons. Enfin il marmonne quelque chose que jamais personne ne lui a entendu dire ainsi : - Putain de guerre, saloperie !
Ce n'a été qu'un murmure, comme peut en émettre parfois une gorge qui a du mal à retenir un sanglot. Mais tous les garçons l'ont entendu.»
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«- Les méçants – méçants avions sont pa'tis !
Mais Bernhard ne bouge pas. Scholten le pousse doucement du pied :
- Tu m'entends, mon gros, tu peux te remettre à bouffer !
Bernhard ne bougeant toujours pas, Scholten continue son manège. Seul Horber, le vif, le malin, l'effronté Horber remarque quelque chose. Ou plutôt : il flaire quelque chose.
Il se précipite sur Bernhard, le prend par les épaules et le retourne. Pas de sang sur son uniforme. Mais ses yeux sont fixes, dilatés.
- Bernhard, bon Dieu, petit ! Dis quelque chose, remue-toi, fais quelque chose, Bernhard !
Horber hurle, tempête devant le corps étendu, mais ses cris s'achèvent en sanglots.
Bernhard gît là, comme s'il était parfaitement indemne. Sa bouche est entrouverte, légèrement déformée, comme sur le point de dire quelque chose. A la tempe droite, Siegi Bernhard a une petite tache sombre et quelques éclaboussures de sang.
On ne pouvait pas les voir. Dans la chute, le casque avait glissé sur la tempe.»
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«Ses camarades de classe aimaient bien Borchart, sans le prendre toutefois très au sérieux. Il avait trop souvent opposé sa volonté à celle de toute la classe pour capituler finalement. Et chaque fois son prestige en était sorti diminué.
Lorsque l'ordre lui parvint de se présenter à la caserne, il en éprouva une profonde déception. Il voulait être officier, non pas fondu dans la masse. Mais devant ses camarades de classe il n'osa pas protester. A présent, perché dans son arbre, près du pont, il vient de mettre en joue un Américain qui pointe son arme sur lui.»
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«Le général se prépare à partir lui-même. Il sort de la pièce, puis soudain s'arrête. Il a oublié quelque chose. Il revient alors sur ses pas et prend dans le tiroir de la grande table la photographie de sa femme dans son mince cadre d'argent.
- Dommage, songe-t-il en revoyant les visages des garçons sur le pont, dommage que nous n'ayons pas eu d'enfants !
Mais une pensée lui traverse alors subitement l'esprit : Si ton fils avait été au nombre des garçons sur le pont, aurais-tu donné le même ordre ?
Le général met la photographie dans sa poche. C'est curieux, se dit-il tout en s'efforçant d'oublier à tout prix les sept gamins, après trois années de Russie, voilà que je deviens sentimental !»
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La 2GM du côté des Allemands. La fin de la 2GM. La débandade. Gosses, vieux étaients réquisitionnés. Pour quoi ? Résister. Résister pendant que les gradés fuient. Sept jeunes la bande. Ils ne savent pas à quoi s'attendre, ils pensent encore jouer. Jouer aux Indiens ? L'horreur les rattrapera vite. Pour défendre un pont inutile des Américains, tous les idéaux seront bouleversés à jamais et leur sacrifice vain... Un livre bouleversant.
Film réalisé par Bernhard Wicki