■ No et moi, Delphine de Vigan ■
♥♥♥♥
«J'ai relevé la tête et j'ai vu que Lucas me regardait, parce que j'écris de la main gauche avec le poignet retourné, ça étonne toujours les gens, tant de complication pour tenir un stylo. Il me regardait avec l'air de se demander comment une si petite chose avait pu arriver jusque-là. Monsieur Marin a fait l'appel puis il a commencé son premier cours. Dans ce silence attentif j'ai pensé que Lucas Muller était le genre de personne à qui la vie ne fait pas peur. Il était resté appuyé sur sa chaise et ne prenait pas de notes.»
▲
«- Bon, en fait, les exposés, c'est ma hantise, je veux dire que j'ai vraiment la trouille et le prof, c'est pas une crème. Le problème c'est que j'ai raconté que j'allais faire un truc sur les sans-abri... un truc pour expliquer par exemple, euh... comment (là je rentre dans le vif du sujet, la partie délicate, je ne me souviens plus du tout ce que j'avais prévu, avec l'émotion, c'est toujours comme ça) ...comment les femmes, en particulier des jeunes femmes peuvent se retrouver dans la rue. Comme toi.
- Je t'ai dit que je dormais chez des potes.
- Oui, bien sûr, je sais bien, c'est ce que je voulais dire, des femmes sans domicile fixe, quoi..»
▲
«- On est ensemble, hein, Lou, on est ensemble ?
Il y a une autre question qui revient souvent, et comme à la première je répond oui, elle veut savoir si je lui fais confiance, si j'ai confiance en elle.
Je ne peux pas m'empêcher de penser à cette phrase que j'ai lue quelque part, je ne sais plus où : celui qui s'assure sans cesse de ta confiance sera le premier à la trahir. Alors je chasse les mots loin de moi.»
▲
«Elle ne trouve pas ça idiot que je découpe les emballages de surgelés, que je collectionne les étiquettes de vêtements et de textiles, que je fasse des tests comparatifs inter-marques sur la longueur des rouleaux de papier toilette, elle me regarde mesure, trier, classer, avec un sourire au coin de la bouche, un sourire dénué de toute ironie.»
▲
«J'aurais fait n'importe quoi pour que No reste chez nous. Je voulais qu'elle fasse partie de notre famille, qu'elle ait son bol, sa chaise, son lit, à la bonne taille, je voulais les dimanches aux couleurs d'hiver, le parfum de la soupe échappé de la cuisine. Je voulais que notre vie ressemble à celle des autres. Je voulais que chacun ait sa place à table, son heure pour la salle de bain, son rôle dans l'organisation domestique, qu'il n'y ait plus qu'à laisser filer le temps.»
♥♥♥♥
Dès que j'ai vu ce livre, j'ai voulu le lire. En filigrane, je voyais déjà la douceur/fragilité/sensibilité implicite du roman. Je ne suis pas déçue. Il est tout ce à quoi je m'attendais, et même plus encore.
Encore un beau roman.